Critique : Club Sandwich

On 26/08/2014 by Nicolas Gilson

Proprement savoureux, CLUB SANDWICH met en scène la jalousie possessive d’une mère et le tourbillon sexuel et hormonal qui emporte son fils, un adolescent qui a cependant encore un pied dans l’enfance. À l’intelligence de l’écriture répond une approche esthétique sensible. Éclatant.

Adolescent en proie à l’éveil sexuel, Hector passe ses vacances avec sa mère Paloma. L’hôtel est désert – les joies des départs en saison creuse – jusqu’à l’arrivée de Jazmin et de sa famille. Tandis que Hector est d’emblée fasciné par la jeune fille, Paloma ne semble pas prête à voir que son fils a grandi.

Club Sandwich - Paloma - Hector

« Et moi, je suis sexy ? »

En esquissant le portrait d’une mère et de son fils, Fernando Eimbcke parvient à aborder avec brio de nombreux enjeux. Parvenant à établir avec économie la complicité qui unit la mère célibataire à son fils, il signe un scénario intelligent où les gestes et les situations se complètent et se répondent.

Le film s’ouvre sur une séquence apparemment banale. Paloma et Hector se préparent à aller prendre le soleil. Ils se tartinent mutuellement de crème. Si le geste amuse – surtout en raison de l’attente qu’il engendre – il s’avère pourtant symbolique. Paloma protège Hector. Plus encore, elle maîtrise la relation comme si la crème n’était qu’une extension d’elle-même. Mère-poule, Paloma se révèle d’ailleurs, avec légèreté et beaucoup d’humour, au fil du dialogue, quelque peu étouffante.

A mesure que le caractère de Paloma se dessine, celui de Hector se façonne. Animé par deux principales pulsions – la nourriture et la masturbation – le jeune-homme se découvre un corps en pleine mutation. Est-il embarrassé par l’apparition d’une odeur (notamment) de transpiration que sa mère tente en vain de l’infantiliser. Toutefois elle porte sur lui un regard chaleureux et foncièrement amoureux. Un regard qui se veut tout à la fois complice et aveugle : Hector demeurant à jamais le bébé auquel elle a donné vie. Aussi elle ne se rend pas compte que le fil(s) lui échappe – ou plutôt elle ne le veut pas.

Club Sandwich - Jazmin - Hector

Le basculement est incarné par Jazmin. La jeune fille intrigue-t-elle Hector que sa présence irrite Paloma. Leur routine et leur quiétude s’en trouve perturbée pour le bonheur de Hector et, en un sens, le malheur de sa mère. Ce second mouvement narratif permet à Fernando Eimbcke de développer l’expérience que fait Hector de son corps, de ses désirs et de ses pulsions. Nombre de situations se répondent à l’instar de la crème solaire que l’adolescent n’applique pas au risque de se brûler offrant alors à Jazmin la possibilité de l’enduire de crème après-solaire. Si la symbolique est évidente, elle échappe aux adolescents tout en s’imposant comme un véritable camouflet pour Paloma. A l’instar de la crème solaire, de nombreux objets sont vecteurs de sens au point de définir les protagonistes ou d’attester de leur évolution ou de leurs intentions.

Le réalisateur compose alors avec les éléments mis en place lors de la première partie du film. Il inscrit tant la jalousie de la mère que l’indépendance de l’enfant au coeur de séquences qui sont autant de miroirs des situations jusqu’alors développées. La justesse de son approche consiste à trouver un équilibre entre les deux protagonistes sans pour autant faire de Jazmin un vulgaire accessoire. Parvenant à exacerber les inquiétudes de deux « âges », il transcende avec acuité le désarrois tant de Paloma que de Hector. Plus encore, il rend le spectateur complice de chacun des protagonistes – faisant de lui le témoin d’actions qui échappent tant à l’enfant qu’à la mère.

L’écriture, brillante et sensible, n’est pas dénuée d’humour : la justesse de certaines situations et la finesse des dialogues font mouche ! Dans le rôle de Paloma – tantôt elle-même enfant, tantôt diabolique – María Renée Prudencio est stupéfiante. Fort de rendre palpable la chaleur irradiante du soleil qui traverse le film de part en part, Fernando Eimbcke signe une réalisation sublime. Il opte pour une épure esthétique où la fixité du cadre et une certaine séquentialité deviennent captivantes.

Club Sandwich - poster

CLUB SANDWICH
♥♥♥
Réalisation : Fernando Eimbcke
Mexique – 2014 – 82 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique

Club Sandwich - piscine

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