Cloud Atlas

On 13/03/2013 by Nicolas Gilson

Projet titanesque, l’adaptation cinématographique du roman de David Mitchell est une pure déception. Dirigé par Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowski, CLOUD ATLAS est un puzzle abstrait, comportant nombre imbroglios, dont l’essence se résume en une transparente vérité : tout est connecté. Bref, la découverte de la bande-annonce est largement suffisante et permet de s’épargner presque trois heures de pur gavage.

Cloud Atlas - Halle Berry

Un vieil homme conte un récit ; la voix d’un autre en entame un autre : une journaliste se questionne elle-même : une autre voix-over prend place ; encore une autre esquisse une histoire d’amour et une fin tragique ; une femme subit un interrogatoire… Le lien entre la série de pistes narratives qui ouvre le film est une pure mise en condition soulignée (ou rendue possible) par l’enrobage musical qui est la seule logique d’une introduction toute démonstrative.

Le point commun entre la pléthore de protagonistes que l’on découvre plus avant et qui évoluent dans de nombreuses époques (1849, 1936, 1973, 2012, 2144 et dans une temporalité « parallèle ») est une drôle de tache de naissance, qui a la forme d’une comète, que les réalisateurs (et scénaristes) mettent lourdement en avant sans que jamais son origine, sa substance, ne soit explicitée ou simplement développée. Déjà, alors, on comprend qu’ils sont tous connectés. Et puisque les mêmes acteurs voyagent d’une époque à l’autre : aucun doute n’est possible. Le sens de la connexion, la ligne narrative globale ou même les lignes narratives de chacun des récits sont par contre soit trop intelligibles (et donc balourdes), soit complètement insaisissables (et donc absconses). L’homme est un loup pour l’homme (waw), l’amour serait un phénomène naturel (re-waw) et tout individu n’existe que dans l’interaction avec les autres (re-re-waw) : côté propos, CLOUD ATLAS est un condensé philosophique, sociologique et social d’une rare singularité !

Cloud Atlas - Tom Hanks

Si le développement narratif est bien rapidement saoulant, le montage le mettant en place traduit rapidement les limites d’un projet éléphantesque dont les réalisateurs n’ont pas eu la maitrise. Celui-ci est techniquement intelligent tout en témoignant d’une simplicité lumineuse : à une ouverture de porte répond une fermeture, un mouvement entamé dans une séquence se termine dans une autre ou une même idée thématique est développée pluriellement. Toutefois il ne tend pas à l’essentiel et sombre dans la pure démonstration visant à exacerber l’attention : qu’importe alors en effet de mettre en place des éléments pour ne pas le développer ensuite, qu’importe alors d’effacer le rôle de certains personnages à certaines époques (et ce même si on les découvre au générique de fin), qu’importe la ligne narrative puisqu’il n’y en a pas si ce n’est une addition de jolis concepts qui deviennent risibles. De toute façon, pour tartiner l’ensemble, de bonnes couches de voix-over sont employées de-ci, de-là dans cette éternelle logique démonstrativo-conditionnante. Sans oublier les déplorables mises en abimes…

Pourtant un espoir de féminisme et de mise en avant de droits des minorités, en somme un élan d’humanisme est esquissé en leitmotiv. Mais entendre dire par le personnage de la journaliste émancipée des années 70 « What would dad do ? » est pour peu réducteur… Et l’est d’autant plus lorsqu’au final, même mère de lucidité, la femme ne l’est que par l’entremise de « l’homme » éternellement salvateur.

Cloud Atlas - Jim Broadbent

Si le scénario n’est guère convainquant, la réalisation apparaît être un voyage entre plusieurs genres sans pour autant trouver le moindre équilibre. Les réalisateurs ont font des tonnes sombrant ponctuellement dans le pastiche sans pour autant en assumer le ton. La cohérence de l’approche esthétique se trouve dans son caractère démonstratif qui n’exprime rien si ce n’est l’égo des réalisateurs. S’il est louable de maîtriser les effets de ralentis et les scènes de combat chorégraphiées, il demeure préférable de leur conférer du sens.

Côté casting et maquillage – les deux étant intimement liés – il y a à boire et à manger. Une palette de très bons acteurs, de nombreux figurants (dont certains de ces acteurs) et Tom Hanks (malheureusement) voyagent à travers le temps et l’espace. Certaines époques sont habilement reconstituées avec un sublime décorum, d’autres sont tout bonnement ridicules et présentent un attirail grotesque. Et hormis le jeu pitoyable de Tom Hanks, il n’y a aucune cohérence : au sein d’une même époque certaines séquences sont visuellement extraordinaires et d’autres franchement grotesques, certains maquillages sont époustouflants et d’autres carnavalesques. D’un micro-récit à l’autre, si l’intensité de jeu varie, l’impression qui s’impose est l’artificialité. Aussi, au final, le film trouve sa cohérence.

CLOUD ATLAS

CLOUD ATLAS
•/♥
Réalisation : Tom TYKWER, Andy WACHOWSKI et Lana WACHOWSKI
USA / Allemagne – 2012 – 172 min
Distribution : eOne
Fantastique / Science-fiction

Cloud Atlas - Affiche

Cloud Atlas - 2144

One Response to “Cloud Atlas”

  • Critique lourde et d’une subjectivité qui tente de s’imposer à tout prix… C’est presque une agression, et je n’ai rien appris du film. Je ne sais toujours pas si j’ai envie de le voir car la critique est tellement peu professionelle ( on se demande si son auteur a une dent contre les réalisateurs… ) et subjective qu’elle me fait juste penser que si j’ai des autres goûts artistiques, je risque tout simplement d’adorer ! Et à la limite, peu être même pour les raisons qui le lui ont fait détester…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>