Circumstance

On 03/02/2012 by Nicolas Gilson

Prenant place dans l’Iran d’aujourd’hui, CIRCUMSTANCE est le portrait de la jeunesse et de la société actuelles. Le film est aussi le regard que les iraniens issus de la diaspora posent – ou peuvent poser – sur un pays dont ils s’inquiètent du devenir. Tout à la fois choquant et suave, CIRCUMSTANCE de Maryam Keshavarz lève le voile sur une radicalisation dont elle s’inquiète tout en évoquant, comme paroxysmique contraste, l’éveil à soi et à la sexualité, à la différence aussi.

Atafeh et son frère Merhan sont issus d’un milieu à la fois érudit, considéré comme révolutionnaire en son temps, et bourgeois. Ils vivent avec leurs parents selon des codes occidentaux. L’adolescente a une amitié complice – ou particulière pour esquisser la réalité des faits – avec Shireen qui vient d’un milieu plus modeste et qui est placée sous la tutelle de son oncle qui lui cherche un mari. Les deux jeunes filles aspirent à vivre libres et, tandis qu’elles rêvent d’un ailleurs, elles défient les interdits et elles repoussent les limites des normes imposées. Ainsi elles boivent de l’alcool, sortent dans des fêtes clandestines ou doublent des films censurés tels que MILK et SEX AND THE CITY.

Elles sont adolescentes. Simplement. Elles refont le monde et elles s’amusent. Ou plutôt elles tentent de le faire car la réalité de leur pays les rattrape. Et le ver est dans la pomme : Merhan, ancien héroïnomane, est lui aussi en pleine (re)construction et il se trouve dans la prière et dans le contrôle : il dénonce sa sœur, la juge impure et la condamne. La cellule familiale, berceau de l’aspiration à la liberté, s’en trouve bouleversée. Et derrière la singularité première du microcosme envisgé c’est la société qui est mise en question. Une société qui condamne, surveille et surtout contrôle. Une société qui sépare aussi les hommes des femmes – celles-ci trouvent leur statut et leur identité définis par rapport aux hommes et, plus encore, elles sont objectualisées (appartenant à leur père ou à leur mari qui les « contrôle »). Une société, enfin, où les minorités sexuelles n’ont pas leur place.

Le scénario est habile. Il traduit le regard d’un questionnement quant à la réalité et l’évolution possible d’un pays – à un moment précis, selon son histoire. Maryam Keshavarz envisage le devenir de la jeunesse en Iran avec un point de vue spécifique, celui d’une « iranienne occidentale », un point de vue dual, mêlant les cultures. Atafeh et Shireen ont des aspirations assez banales pour des jeunes filles qui ne sont pas encore des adultes. Elles sont en pleine construction. Mais la société dans laquelle elles évoluent les enferme, de plus en plus, selon des codes oppressant. D’emblée ce constat est un moteur. Le film s’ouvre sur le chuchotements des jeunes filles qui rêvent d’un ailleurs où elles pourraient chanter et danser… Un ailleurs aussi où elles pourraient s’aimer, où leur complicité sexuelle et amoureuse pourrait être approfondie.

Issue d’un milieu favorisé et cultivé, Atafeh reproche à son père d’être responsable de l’état dans lequel se trouve leur société. Elle ne parvient plus à le croire ni même à l’écouter lorsqu’il dit rêver du jour où les hommes et les femmes pourront se baigner ensemble. Il lui faut réagir : elle doit changer la société ou la fuir. Au fur et à mesure que le scénario se développe, la situation sociétale se trouble mais toujours le point de vue reste le même, interrogateur et craintif par raport à une société envisagée comme à l’état de surveillance. Une société où le contrôle prime. Merhan, revenu de désintoxication, est contrôlé par son père qui lui demande des comptes quant à la moindre dépense et analyse son urine. Mais lentement, à mesure que le contrôle s’inverse, Merhan s’émancipe de son paternel. Au sein d’une même famille, les choix établis par un frère et une sœur ancrent un terrible contraste.

Le contrôle est mis en scène à travers des image de « vidéo-surveillance » qui traduit une observation totale des gestes de chacun. Atafeh et Shireen sont filmées dans la rue, à l’école, là où elles se rendent… Elles sont aussi filmées par le frère dont le comportement au sein de la cellule familiale traduit le devenir de l’Iran tel que perçu par la réalisatrice.

Les silences et les regards ont toute leur importance au point d’apparaître comme autant de vecteurs de sens. L’onirisme trouve judicieusement sa place au sein du film, il ancre le contraste entre le rêve des uns et le cauchemar des autres à l’instar d’un séquence à la fois envoutante et déroutante où deux doigts se frôlent et où les sens s’emballent…

CIRCUMSTANCE est un film interpellant. Le regard critique proposé est acerbe par rapport à toutes les sociétés. Les questions des droits de la femme et des droits des minorités n’est-elle pas à envisager partout ?

CIRCUMSTANCE
♥♥♥
Réalisation : Maryam KESHAVARZ
Iran / France / USA – 2011 – 105 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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