Cinéman

On 27/10/2009 by Nicolas Gilson

Comment ne pas être atterré par l’improbable confusion à laquelle nous confronte Yann Moix ? En se targuant de visiter l’Histoire du cinéma au travers des mésaventures d’un anti-héros proprement ridicule, le réalisateur témoigne de son incapacité à appréhender l’art cinématographique au-delà des singeries et de la caricature. A-t-il seulement conscience de l’existence des grammaires stylistiques du médium et de leurs évolutions, de l’esthétique plurale qui en a nourrit l’histoire ? Car s’il propose un voyage au coeur de la pellicule, il semble omettre que l’essence même d’un film et de son originalité n’est pas constituée des seuls costumes et accessoires. Toutefois il met ainsi en exergue sa propre médiocrité. Et la pauvreté de son travail met en valeur la richesse de celui des autres, dont les extraits deviennent vivifiant.

De prime abord la ligne narrative aurait pu être séduisante : Vivianne Cook, alias Sissi, enlevée par un terrible figurant est emportée de film en film et Cinéman (l’homme cinéma …) est chargé de la délivrer afin de la rendre à son film. Un super héros pataud qui va évidemment tomber amoureux de la jeune fille … Une mise en bouche plaisante … à la lecture ! Car très vite priment la banalité et la lourdeur de l’écriture, renforcées par des dialogues épouvantables.

Frank Dubosc donnant vie au protagoniste principal les grimaces s’esquissent : à juste titre ! Néanmoins la mise en scène et l’exécrable direction d’acteur de Yann Moix demeurent les principales raisons de ce pénible fiasco. Car à l’instar de l’abominable écriture une triste construction esthétique s’impose à nous. Voyager au coeur du cinéma peut ainsi se schématiser platement : un faux technicolor criard, des extraits de films, quelques incrustations au sein de ceux-ci … et d’improbables reconstitutions. Yann Moix résume ainsi BARRY LINDON aux costumes, aux accessoires et à la musique … sans se poser aucunement la question de l’esthétique développée par Stanley Kubrick. Et il en est de même pour l’ensemble des incursions au sein des films grossièrement revisités.

Diverses tentatives d’assimiler le protagoniste à l’hypothèse cinématographique prennent place, sans la moindre originalité et cruellement bancales : arrêt sur image – pourtant propre de la vidéo, sous-tirage intempestif … Mais la cerise sur le gâteau (aplat parmi la platitude) revient sans nul doute à la postsynchronisation de la majorité des dialogues ! Yann Moix est-il au su du principe de lipping ? Néanmoins cela conduit au rire tant le ridicule s’impose à nous : car les protagonistes du film parlent la bouche fermée et afin de bien nous confronté à cela rien de tel qu’un gros plan !

Le seul intérêt de CINEMAN est l’envie qu’il suscite de (re)découvrir ce qu’est le cinéma. Qu’il soit commercial ou réflexif, pur divertissement ou témoignage d’une époque … le cinéma dans sa diversité et dans sa pluralité. Yann Moix permet malgré lui d’attirer notre attention sur la richesse de l’Histoire du cinéma, en marge de laquelle il se trouve irrémédiablement.

CINEMAN

Réalisation : Yann Moix
France/Belgique – 2008 – 87 min
Distribution : Victory Productions
Comédie
EA

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