Cinéma Nova : Rétrospective Avi Mograbi

On 09/09/2014 by Nicolas Gilson

A l’occasion du lancement de sa saison 2014/15, le Cinéma Nova consacre une rétrospective au réalisateur israélien Avi Mograbi. Celui-ci sera présent à Bruxelles du 17 au 21/09 afin de présenter DANS UN JARDIN JE SUIS ENTRE (que le Nova programmera ensuite durant un mois) et de rencontrer le public autour de ses autres films. En outre, le 20/09, il sera rejoint par le cinéaste John Smith pour une séance inédite proposante croiser quelques unes de leurs oeuvres.

AVI MOGRABI

Avi Mograbi fait partie des Israéliens ayant rompu avec l’idéologie sioniste à cause de son caractère colonialiste et de plus en plus religieux. Il ne voit qu’une solution possible au conflit israélo-palestinien : l’abandon du caractère exclusivement juif de l’Etat d’Israël. Porte-parole d’un groupe de soldats qui refusa l’incorporation pendant la première guerre menée contre le Liban, Mograbi a rejoint plus tard une organisation de parents de « refuzniks » (jeunes appelés qui refusent de faire leur service militaire dans les territoires occupés). Arrivé au cinéma après des études d’art et de philosophie, il posa dès ses premiers films (en 1989) les bases d’une œuvre forte, iconoclaste et dérangeante, marquée par ses convictions et par la volonté de créer le débat et d’avoir un impact politique. Une œuvre tour à tour rageuse, caustique, mélancolique ou désespérée, mais toujours en relation directe avec la société israélienne, dont elle déconstruit les mythes, sonde les malentendus et les ambiguïtés, scrute l’âme et les choix politiques. Dans une totale indépendance d’esprit et de moyens, il invente des dispositifs cinématographiques lui permettant d’interroger la construction du mensonge et de la fiction. S’impliquant personnellement dans la narration (ce qui lui vaut d’être souvent comparé à Nanni Moretti) et aimant laisser son propos initial se faire emporter par un autre, ses films évoluent aux limites entre journal intime et chronique sociale, blagues juives et cinéma politique, humour féroce et lucidité, fiction et réalité,…

PROGRAMME DE LA RETROSPECTIVE

  • Du 17/09 au 19/10 – DANS UN JARDIN JE SUIS ENTRÉ – en présence d’Avi Mograbi le 17/09

Avi Mograbi / 2012 / IL / DCP / vo st fr / 97′

Manifeste politique et poétique, le film emprunte son titre à une chanson qu’interprétait jadis l’artiste libanaise Asmahan. « Dans un jardin je suis entré » fantasme un ancien Moyen-Orient, dans lequel les communautés n’étaient pas séparées par des frontières ethniques et religieuses, pouvaient coexister sans effort, voyager entre Alexandrie, Beyrouth, Damas et Tel-Aviv… Un Moyen-Orient dans lequel même les frontières métaphoriques n’avaient pas leur place. Comme à son habitude, Mograbi construit son film au fur et à mesure qu’il se tourne… et se détourne de son projet initial. À l’origine, le film devait s’intituler « Retour à Beyrouth » et retracer la vie de son oncle Marcel, qui ne supportait pas les frontières. Mais très vite, il s’attache à Ali Al-Azhari, son ami palestinien d’Israël qui lui apprend l’Arabe et l’aide dans ses recherches. Contrairement à ses œuvres précédentes, Mograbi fait table rase des procédés qui ont fondé sa renommée. Moins vindicatif et volontariste qu’à l’accoutumée, il évite de se mettre en scène de manière ostensible et quitte son rôle de trublion. « Ici le film n’est pas contre qui que ce soit : c’est un film avec », explique-t-il. Mêlant amour, douceur et mélancolie, DANS UN JARDIN JE SUIS ENTRE est un film sensible sur le déracinement et la difficulté de vivre dans une société morcelée. Un film optimiste qui se tourne vers un Proche-Orient révolu pour trouver la force d’imaginer un Proche-Orient apaisé.

  • 18/09 (20h) & 25/09 (22h) – THE RECONSTRUCTION / THE DANNY KATZ MURDER CASE – en présence d’Avi Mograbi le 18/09
the-reconstruction-avi-mograbiAvi Mograbi / 1989 / IL / 16mm > video / vo st fr / 50 min

En décembre 1983, Danny Katz, un jeune Israélien de 15 ans de la ville d’Haïfa, est kidnappé, assassiné et violé après sa mort. Cinq employés arabes israéliens d’un supermarché du quartier sont accusés et emprisonnés à vie. Leur inculpation repose sur leurs propres aveux mais sans autres preuves. Des années après leur arrestation, les cinq inculpés clament leur innocence. Gouverné par le souci d’objectivité, le film reconstitue les investigations policières et le procès judiciaire, étape par étape. Le cœur de « The Reconstruction » est l’enregistrement vidéo de la reconstitution du meurtre, dans lequel les inculpés passent aux « aveux », parfois de manière très hésitante. Sous des apparences formelles à première vue conventionnelles, la première réalisation documentaire d’Avi Mograbi va se loger au cœur du doute, jusqu’à se heurter à l’impossibilité d’atteindre une vérité dans cette affaire. Prix du meilleur documentaire de l’Institut du film israélien, ce film suscitera une réouverture de l’enquête.

  • 18/09 (22h) & 10/10 (20h) – COMMENT J’AI APPRIS À SURMONTER MA PEUR ET À AIMER ARIEL SHARON – en présence d’Avi Mograbi le 18/09
Comment j'ai appris à surmonter ma peur d'Ariel SharonAvi Mograbi / 1996 / IL / video / vo st fr / 61min

En 1982, pour des raisons morales et politiques, Avi Mograbi a refusé de servir dans l’armée israélienne lors la guerre contre le Liban. Le ministre de la défense de l’époque, Arik (Ariel) Sharon, devient ensuite l’homme fort du Likoud. À l’approche des élections de 1996, Mograbi décide de brosser le portrait de cet homme qui à la fois le rebute et le fascine. Dans un premier temps, la femme du cinéaste, Tammi, le pousse à faire ce film sur ce qu’ils croient tous deux être « le chant du cygne » de Sharon. Mais ce dernier ne se laisse pas approcher. Dans un second temps, Mograbi réussit à le filmer et, surprise : l’ancien militaire se livre avec bonhomie à l’exercice. Renversement. Tammi s’oppose de plus en plus vivement à la poursuite du tournage, jusqu’à quitter son époux… Dans ce brûlot aussi dramatique qu’ubuesque (dont le titre est emprunté au « Dr Folamour » de Stanley Kubrick), Mograbi pose les bases d’une œuvre très engagée entre fiction et réalité. Histoires privées et politiques s’y mêlent, tandis qu’apparaît la dimension humaine d’un homme politique dont les crimes ne cessent pourtant d’horrifier. Le rappel des massacres de Sabra et Chatila hante le film, comme pour nous empêcher de céder à notre tour à la « séduction » de Sharon.

  • 19/09 (20h) & 5/10 (22h) – HAPPY BIRTHDAY, MR. MOGRABI – en présence d’Avi Mograbi le 19/09
happy_birthday_mr__mograbiAvi Mograbi / 1998 / IL / video / vo st fr / 77min

Avi Mograbi est engagé par un producteur de télévision pour réaliser un film sur les célébrations du cinquantième anniversaire d’Israël. Simultanément, un producteur palestinien lui commande un film sur un autre anniversaire, celui de la Nakba (« le jour de la catastrophe », nom désignant l’exode palestinien de 1948). Ne reculant devant rien, le cinéaste accepte les deux mandats et tente de les concilier en un seul et même film ! Il profite de son propre anniversaire pour mêler au documentaire la fiction et à la grande histoire la petite, la sienne, celle des problèmes qu’il rencontre à cause d’un bout de terrain qu’il a acheté plusieurs années auparavant… Un film moqueur enchevêtrant trois histoires qui cherchent, chacune, à s’imposer. Guerre de libération contre catastrophe nationale, positions inconciliables. Le 14 mai 1998, anniversaire de l’Indépendance d’Israël, les drapeaux s’agitent et les cornes de bélier retentissent. Les fêtards dansent dans les rues bondées tandis que les feux d’artifice bariolent le ciel de Jérusalem. Dans les territoires occupés, les Palestiniens souffrent et protestent. Le cinéaste, lui, reste à la maison. Seul…

  • 19/09 (22h) & 16/10 (20h) – AOÛT, AVANT L’EXPLOSION – en présence d’Avi Mograbi le 19/09

august-a moment before the eruption-avi-mograbiAvi Mograbi / 2001 / IL / video / vo st fr / 72′

Avi Mograbi prépare un film sur l’attentat du Tombeau des Patriarches à Hébron (où un colon israélien assassina 29 Palestiniens) et auditionne des actrices s’évertuant à jouer le rôle de la veuve de l’auteur du massacre. Mais, alors que sa femme lui suggère plutôt de filmer la violence du quotidien israélo-palestinien et que son producteur le conjure de finir le premier tournage, le cinéaste s’en va sillonner la rue israélienne caméra au poing. Tout en nous livrant ses réflexions intérieures par le biais de scènes fictives où sa femme, son producteur et lui (dont il joue tous les rôles) se chamaillent dans son appartement, il sonde l’état d’esprit de ses concitoyens en captant l’atmosphère lourde du mois d’août. Au fil de ces 31 jours qui caractérisent à ses yeux tout ce qui est détestable en Israël, où la canicule exacerbe les tensions sous-jacentes, l’amertume, la paranoïa, la violence latente, les vieilles rancœurs, il filme une armée omniprésente, un pays sur le qui-vive, pris par un sentiment de désastre imminent, une haine de l’ennemi palestinien et des menaces envers les étrangers récurrentes… En dressant ce portrait nerveux de la psyché israélienne, caractérisée par cette scène où Benjamin Netanyahu galvanise ses troupes en scandant « Ils ont peur ! », Mograbi montre que la peur n’est pas l’apanage du camp palestinien.

  • 20/09  - Compilation de court-métrages – en présence d’Avi Mograbi et de John Smith
Deportation / Avi Mograbi / 1989 / IL / video / vo st en / 12 min
Relief / Avi Mograbi / 1999 / IL / video / sans dialogue / 5 min
Will You Please Stop Bothering Me and My Family /Avi Mograbi /2000 / IL / video / vo st en / 7 min
Wait, It’s The Soldiers, I Have To Hang Up Now /Avi Mograbi / 2002 /IL /vide / vo st en /13 min
Mrs. Goldstein / Avi Mograbi /2006 / IL / video / vo st en / 9 min
Throwing Stones (Hotel Diaries #3) / John Smith / 2004 / CH / video / vo /11 min
Pyramids, Skunk (Hotel Diaries #5/6) /John Smith /2006 / NL / video / vo / 17 min
Dirty Pictures (Hotel Diaries #7) / John Smith / 2007 / PS / video / vo / 14 min
  • 21/09 (19h) & 16/10 (22h) – POUR UN SEUL DE MES DEUX YEUX – en présence d’Avi Mograbi et Adi Raz le 21/09


Pour un seul de mes deux yeux – Bande annonce… par _Caprice_

Avi Mograbi / 2005 / IL / video / vo st fr / 100′

Le titre reprend les dernières paroles que la Bible prête à Samson : aveuglé, humilié, le héros est emmené dans le temple des Philistins à Gaza et demande à son dieu de lui donner assez de force pour « venger un seul de mes deux yeux », crevés par ses ennemis. Samson détruit les colonnes du temple qui s’écroule sur lui en tuant les Philistins par milliers, devenant ainsi ce qu’Avi Mograbi décrit comme « le premier kamikaze de l’histoire ». Autre mythe fondateur d’Israël et convoqué par le cinéaste : celui de Massada, forteresse dans laquelle des juifs zélotes assiégés par des Romains préférèrent se suicider collectivement plutôt que de se rendre. Ces deux récits populaires enseignent aux jeunes générations israéliennes que la mort est préférable à la soumission… Mêlant des scènes tournées en Israël et dans les territoires occupés pendant la seconde Intifada, où la population palestinienne crie sa colère et son désespoir comme hier les Hébreux face aux Romains ou Samson face aux Philistins, ce film, le plus sombre de Mograbi, pose une question fondamentale : Comment peut-on enseigner à ses enfants ce que l’on reproche à ses ennemis ?

  • 21/09 (22h) & 17/10 (20h) – Z32 – en présence d’Avi Mograbi le 21/09
Z32Avi Mograbi / 2008 / IL / 35mm / vo st fr & nl / 81′

Z32 est le nom de code d’un ancien soldat israélien qui, au cours d’une opération de représailles dans les territoires occupés, assassine froidement un policier palestinien innocent. Deux ans plus tard, il accepte de raconter son histoire devant la caméra d’Avi Mograbi, soucieux de mieux comprendre, mais comprendre sans excuser… Z32 pose toutefois une condition : que son identité reste cachée. Le problème technique posé par cette exigence devient un enjeu moral. Comment filmer le visage d’un témoin qui ne veut pas être reconnu ? Avec un bas noir sur la tête tel un braqueur de banque ? Afin de donner au mal la forme humaine d’une transformation, Mograbi met au point des masques virtuels de plus en plus sophistiqués, mais délibérément imparfaits. Le trucage numérique devient poétique, renouant avec les origines du masque à travers plusieurs traditions anciennes. On n’est pas loin de la tragédie grecque. Et d’autant moins que le cinéaste, qui finit par laisser l’ancien soldat et sa compagne prendre le contrôle de la caméra pour se poser dans l’intimité la question du crime et du pardon, se transforme en chanteur, d’abord avec un pianiste, ensuite avec un orchestre qu’il invite dans son salon.

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