Critique : Cinderella

On 21/03/2015 by Nicolas Gilson

Continuant un travail d’époussetage de ses classiques, Disney a confié à Kenneth Branagh la charge de réaliser en prises de vues réelles l’adaptation de Cendrillon. Avouant s’être plus inspiré du dessin animé du studio producteur que des contes de Basile, Grimm ou Perrault, le cinéaste signe une oeuvre classique au point de tendre au kitch dans laquelle gentillesse et méchanceté trouvent leur légitimité. Ponctué de répliques savoureuses, CINDERELLA prête également à rire tant certaines situations sont impayables.

Si elle a souffert de la mort tragique de sa mère et de l’absence répétée de son père marchant, Ella (Lily James) n’en a pas moins la main sur le coeur. Complice du petit personnel, elle accueille avec enthousiasme sa belle-mère, Lady Tremaine (Cate Blanchett), et ses deux filles. N’a-t-elle pas promis à sa mère d’être bonne et courageuse ? Qu’importe que la nouvelle épouse de son père se transforme en marâtre, Ella se plie à la situation. Bientôt orpheline, elle tombe amoureuse du premier venu qu’elle espère revoir au Bal organisé par le Palais…

CINDERELLA

Balayant grossièrement l’enfance de l’héroïne, la première partie du film (orchestrée par une voix-over féminine) met en scène le paradigme familial dans lequel elle est née. La famille bonheur doit-elle faire face à la mort plus tragique que crédible de la jeune mère que se tisse entre Ella et son père de puissants liens – si bien que malgré les années la jeune fille s’encourt dans ses bras tel un chien célèbre son maître. L’éternelle petite fille ne se rend pas compte du caractère incestueux de son amour dont est fatalement jalouse sa belle-mère.

L’arrivée de celle-ci constitue un second mouvement et ancre un premier basculement, renforcé au décès du marchand. CINDERELLA épouse alors la ligne narrative commune du conte tandis que Branaght s’attèle à présent à esquisser la réalité à laquelle fait face l’héroïne, opprimée par ses belles-soeurs et sa marâtre. Parallèlement, le réalisateur s’intéresse sommairement à la vie du Palais où se dessine quelques enjeux de succession. Etonnamment, afin de faire croire qu’Ella – maintenant appelée Cendrillon – est quelque peu réfléchie, elle rencontre par un heureux hasard le Prince dont elle ignore l’identité. Et autant dire que l’effet est raté tellement elle semble crétine. Néanmoins, si elle tombe amoureuse du premier venu, nous pouvons être rassurés, les sentiments ne sont pas feints en raison de sa position… Une situation à l’opposée de celle où se trouvent Lady Tremaine et ses filles, ouvertement vénales.

Développant un récit dépourvu de crédibilité, Branaght semble chercher nous faire languir dans l’attente du bal et de la fée. A quelques doses de méchanceté répondent enfin quelques coups de baguette magique. Et la magie opère quelques instants, le réalisateur parvenant à s’approprier et à renouveler la séquence. Si le bal propulse le film au coeur du ridicule, la fuite de la belle lorsque les 12 coups de minuits retentissent est une séquence époustouflante. Cendrillon perd-elle un soulier dans la course, qu’elle en conserve un autre. Et l’amour qu’elle porte au Prince et que le Prince lui porte est tel que les deux chaussures n’en sont qu’une – à moins que Cendrillon n’ait deux pieds droits.

CINDERELLA - Jonathan-Olley-©-Disney-Enterprises

Brananght s’offre alors quelques nouvelles digressions avant de mettre en scène la recherche du pied qui célèbrera les futures noces. Il peut ainsi mettre en scène la marâtre dans son rôle d’oppresseur (brisant la chaussure et, l’espère-t-elle, le bonheur de Ella) tout en cherchant à lui donner quelque humanité. Vénale, calculatrice et manipulatrice, Lady Tremaine ne serait mauvaise que parce que la vie ne lui a guère souri et qu’elle tente d’épargner ses filles. Gnagnagna.

Bien qu’il s’émancipe du cadre sommaire et fermé qui définit la narration du dessin animé de Disney, Kenneth Branaght cherche-t-il à développer la caractérisation de ses protagonistes qu’il en fait de pathétiques caricatures. Ella est tellement nunuche qu’elle ne songe même pas à se rebeller. Si Lady Tremaine est à l’opposé de cette passivité, la savoureuse perversion dont elle témoigne semble ennuyer le réalisateur au point qu’il tente de platement la légitimer. Une mise en perspective à ce point caricaturale et improbable (l’époque où se situe le récit étant totalement hors du temps… et de la réalité) que Branaght offre une double image de la femme : elle est soit idiote (respectons la naïveté), soit vénale et manipulatrice. S’amuse-t-il avec la grandiloquence esthétique qu’offre le conte que le cinéaste ne parvient pas à proposer le moindre saut vers un symbolisme moins crétin ni à moduler le rôle des femmes – quoique les hommes soient caractérisés à l’identique : idiot ou menteur et manipulateur.

Semblant s’amuser avec possibilités qui lui sont données par une production à (très) gros budget, Kenneth Branagh signe un film extrêmement classique au point que de nombreuses scènes flairent le pastiche tant il flirte avec le kitch. Mais même dépourvu de crédibilité, un conte, c’est du sérieux. En témoigne le jeu affecté d’une grande majorité du casting – au sein duquel les figurants figurent avec rigidité. Cate Blanchett offre-t-elle une facette étonnante au personnage de Lady Tremaine, que la distance dont elle témoigne dans son interprétation ancre un contraste qui, bien qu’amusant, rende le film proprement dual. Bref, il était une fois Cendrillon avec deux pieds droits – un détail qui résume l’ensemble.

Cendrillon affiche

CINDERELLA
Cendrillon

Réalisation : Kenneth Branagh
USA – 2015 – 104 min
Distribution : Disney
Kitcherie romantique

Berlinale 2015 – Sélection Officielle Hors-compétition

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