Christelle Cornil : Entrevue

On 28/06/2011 by Nicolas Gilson

Christelle Cornil a reçu de Pierre Duculot un merveilleux cadeau : le rôle de Christina dans AU CUL DU LOUP, un premier rôle composé pour elle. L’actrice, qui s’impose comme le visage féminin du court-métrage belge et collectionne les seconds rôles dans de nombreux long-métrages, est d’une sincérité troublante. Elle parle sans fard ni faux-fuyant, simplement. La rencontre est chaleureuse.


Vous avez une relation très privilégiée et particulière avec Pierre Duculot. Le rôle de Christina a d’ailleurs été écrit pour vous, et vous avez été impliquée très tôt dans le projet.

Nous nous sommes rencontrés lorsque nous avons fait partie du jury du festival du film d’école de Huy (FIDEC). Nous avons ensuite fait parie d’un autre jury ensemble. Ont alors suivi DORMIR AU CHAUD et DERNIER VOYAGE. Après DERNIER VOYAGE il m’a dit avoir un projet de long métrage et qu’il aimerait bien que j’aie un premier rôle, que l’on me voit dans autre chose. Et il m’explique l’histoire. Tout de suite, ça m’interpelle, ça me touche. La manière dont il évoquait le parcours du personnage de Christina me touchait. Durant deux ans Pierre m’envoyait régulièrement les versions de son scénario. Rien n’était encore mis en œuvre en matière de production de manière pure et dure. Il a alors fait une demande d’aide à l’écriture qu’il a obtenue. Il a pu aller plus loin dans son travail d’écriture, prendre vraiment du temps pour ça.

Vous avez également construit le personnage en travaillant avec lui.

Oui, on a eu quelques séances de travail avec Roberto (D’Orazio) et William Dunker. On s’est surtout beaucoup vus avec Jean-Jacques Rausin. Parce c’est un couple qu’ils forment ensemble depuis 10 ans au moins et on voulait que l’on sente à la fois cette complicité, cette possible lassitude et cette grande connaissance l’un de l’autre. On s’est vu un paquet de fois. En général on se voyait soit chez Pierre, soit chez moi : on se faisait un petit gueuleton avant de travailler et puis on était parti des fois jusqu’à 2h du matin à répéter, à chercher les scènes. Cela nous a permis de nous rencontrer et de nous connaître Jean-Jacques et moi. Et cela a permis de voir si cela fonctionnait.

Alors que vous êtes, Jean-Jacques et vous, des figures incontournables du court-métrage belge, vous n’avez jamais tourné ensemble auparavant ?

Non, on n’avait jamais joué ensemble. J’aime beaucoup les choses qu’il a faites : il a été dans des univers très différents. J’ai vu presque la totalité des court-métrages qu’il a faits. C’était une espèce d’évidence, quand on en a parlé avec Pierre, que Jean-Jacques incarnait vraiment ce que l’on voulait au niveau de ce personnage. Le contact a été immédiat. On s’est dit que cela fonctionnerait, que ça ferait vrai. C’était très important.

Vous retrouvez Cedric Eeckhout avec qui vous avez déjà joué, au cinéma et au théâtre.

C’était plein de bonnes retrouvailles, de bonnes rencontres. Pierre a ciblé assez vite qui il voulait. Il connait beaucoup les comédiens aussi. C’était un bonheur de recontrer Marijke (Pinoy) et de jouer avec elle. Il y a vraiment un « truc » de filiation qui fonctionne très bien. Avec Pierre Nisse aussi. Je trouve la famille très cohérente. J’avais une inquiétude quant à savoir si je pouvais avoir l’air italienne et on s’est rendu compte que ça ne posait aucun souci. Lorsque j’avais lu le scénario qui précise que Christina est italienne je me suis dit que ce n’était pas moi, s’il fallait une brune aux cheveux bouclés (rires). Mais les italiens ne sont pas particulièrement typés.

Connaissiez-vous déjà la Corse ?

J’ai découvert la corse grâce à Pierre. On y est parti ensemble deux fois en repérage pour découvrir les endroits, faire des contacts… C’était une manière de rentrer dans l’univers du personnage. Et il y a vraiment quelque chose à jouer lorsque Christina découvre l’endroit. La Corse reste à chaque fois une expérience merveilleuse. Ça change tellement, c’est tellement beau qu’on se laisse emporter.

Comment vit-on la fin d’autant d’implication dans un personnage ?

Ça peut déjà donner beaucoup de frustration pendant le tournage car il y a beaucoup de chose que j’avais envie d’expérimenter et il n’y avait plus la place pour. C’est un peu comme un « baby blues ». On a tout de même travaillé pendant 3 ans dessus, même si c’était pour moi épisodique je revenais régulièrement dans le travail. On s’est donc énormément impliqué avant. Pierre, parce qu’il me fait confiance, m’a aussi donné une place qui faisait que je voyais les rushs en fin de semaine. Il demandait mon avis sur plein de choses. C’était à la fois exaltant et compliqué car cela nous mettait dans une situation où cette fusion était difficile à gérer au niveau de l’équipe. Et même pour nous. C’est une expérience tant sur le plan humain que sur le plan artistique.

Après le tournage vous avez directement enchaîné sur la promotion d’ILLEGAL ?

On est surtout allé dans les salles présenter le film et discuter avec les gens. On a fait des débats avec le CIRE, une association qui s’occupe d’illégaux. C’était super intéressant. On a pu découvrir l’envers du décor que l’on ne connait pas. J’avais des informations sur le personnage que je jouais avant de faire le film mais je ne connaissais pas tout l’univers contrairement à Anne (Goessens) et Olivier (Masset-Depasse).

Si l’on fait une parenthèse « Magritte », mis à part votre discours, quels sont les retours sur l’événement et sur le prix que vous avez reçu ?

(Rires) Pour moi il n’y a pas eu de changement. Le prix est arrivé après 10 ans de carrière – j’ai commencé il y a 10 ans avec LE VELO (DE GHISLAIN LAMBERT) – et c’était un cadeau magnifique de la profession qui reconnaissait et appréciait par là mon travail. En dehors de ça, ça n’a pas changé ma vie. Je n’ai pas eu plus de propositions tout à coup. J’ai même accepté du théâtre parce que je sentais très fort le besoin de revenir aux planches et à ce type de travail-là. Je ne me suis pas dit que c’était parti pour la gloire car je sais comment cela fonctionne dans le métier. Par contre, ce qui est bizarre par rapport à mon discours, c’est qu’au moment où je suis retournée m’asseoir, je me suis sentie très très mal. Et c’est toujours effrayant – bien qu’il ne faille pas se poser cette question là – de se demander comment ce que l’on vient de faire a été perçu. C’était fait avec l’intention d’être drôle – bon, ça l’a été un peu, pour certaines personnes ça l’a été beaucoup mais pas toujours pour la bonne raison – et d’être dans le remerciement. Après j’ai vu l’enregistrement et je me suis rendue compte de la maladresse.

Mais cela ne vous suit pas.

Je ne crois pas que cela me suive. Mais je crois qu’il y a des gens qui se disent toujours « Qu’est-ce que c’est que cette fille, pour qui elle se prend ». (rires) Je ne me suis pas rendu compte. Ce n’était pas une prise d’otage, ni une critique.

C’était sincère.

Oui. C’était bizarre. Je me suis pris un grand moment de solitude.

Il émane de vous une sincérité et une envie de faire du cinéma, sans pour autant que l’on en ressente la moindre attente.

Non. Disons que ma vie tourne autour de beaucoup d’autres choses aussi. Cela me demanderait de me repositionner, si je devais vraiment tout arrêter et faire autre chose : ce serait laborieux. Mais je ne vais pas me tirer une balle si ça s’arrête. C’est un moyen d’expression. Les projets que l’on m’offre me permettent de m’exprimer dans de belles choses. Notamment AU CUL DU LOUP. S’il n’y a pas cela, je n’ai pas d’intérêt à faire mon boulot.

Vous apparaissez de plus en plus dans de nombreuses productions. Vous avez des projets en ce moment ?

Il y a le film de Xavier Diskeuve, JACQUES A VU, qui est en préparation avec Nicolas Buysse et François Maniquet. C’est l’histoire de Brice qui est le cousin de Jacqes qui décide d’acheter une maison dans le village à côté de chez Jacques et qui se retrouve avec une grosse arnaque sur le dos. Il essaye de se faire aider par son cousin Jacques… Moi je joue Lara, une espèce de bobo… Et puis il y a la reprise de « Un fil à la patte ». Trois films dans lesquels je joue vont sortir, mais j’ignore quand. LET MY PEOPLE GO de Michael Buch, un jeune réalisateur sorti de la FEMIS qui a un univers incroyable. C’est l’histoire d’un jeune homosexuel qui vient d’une famille juive et qui est parti vivre en Scandinavie où il est tombé amoureux. Il lui arrive un jour une tuile débile et son mec croit qe c’ets le pire des salauds alors il le vire. Et donc il revient en France et il se retrouve dans sa famille de frapadingues. Je joue sa belle-soeur qui est la seule un peu normale dans l’histoire. Il y a SPONSORING avec Anaïs Demoustier et Juliette Binoche, un film sur la prostitution dans le milieu étudiant. Je fais un tout petit rôle qui devrait à mon avis être très drôle. Et j’ai un tout, tout petit rôle dans LE MARSUPILAMI avec Chabat : une expérience géniale aussi. Mais ce sera vraiment de l’apparition aussi, à la limite de la figuration.

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    [...] Christelle Cornil : Cliquez ICI Nicolas Gilson 27/06/2011 Cinéma Belge, Critiques, Festivals au cul du loup, Brussels Film [...]

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