Chloé Robichaud : Entrevue

On 25/05/2013 by Nicolas Gilson

Après avoir présenté son court métrage CHEF DE MEUTE l’an dernier en Compétition Officielle, Chloé Robichaud présente son premier long métrage au Certain Regard. SARAH PREFERE LA COURSE est le troublant portrait de Sarah qui décide de s’installer à Montréal afin de suivre une formation d’athlétisme. C’est aussi et surtout le portrait d’une jeune femme qui s’éveille à elle-même. Rencontre.

Sarah prefere la course - Chloé ROBICHAUD

Quelle est la genèse du projet ? - Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup courir. C’est quelque chose qui est resté en moi. Mais je en cours plus beaucoup maintenant. Quand j’étais à l’université, j’ai eu envie d’écrire un premier long-métrage et je trouvais que ce que je vivais en tant que jeune adulte pouvait se transposer dans un personnage. Je voulais parler de ma génération. Et l’idée de la course est revenue à ce moment-là parce que c’était une belle métaphore de la personnalité de mon personnage. C’est une fille qui est dans la fuite de ses émotions, dans un genre de fuite sociale. Visuellement la course était aussi une chose intéressante à filmer.

Vous avez réalisé de nombreux court-métrages. - J’en ai réalisé une douzaine. J’ai commencé à 17 ans. J’en avais un en compétition ici (à Cannes) l’an dernier, CHEF DE MEUTE.

D’ailleurs entre ce film et SARAH PREFERE LA COURSE, vous recourrez à une même photographie, à une même coloration légèrement délavée. Pourquoi ce choix ? - Parce que ce sont des personnages un peu plus ternes ou plus solitaires. Je trouve que si c’est trop coloré, cela ne fonctionnerait pas avec l’atmosphère que j’essaie de mettre en place. En même temps j’espère que ce n’est pas triste non plus. Dans SARAH, c’est très gris mais ej ne voulais pas que ce soit un gris triste : c’est plus un gris d’ambiance. Le gris du film, pour moi, montre l’indécision du personnage, son côté entre les deux.

C’est une décision apparue dès l’écriture ? - Oui. On a parlé assez rapidement avec la directrice photo de la palette de couleurs.

Il s’agit de la même directrice photo. - Oui. On s’est rencontré à 17 ans et on a fait plusieurs projets ensemble.

Le film est ponctué par des intertitres qui n’en sont pas vraiment. Pourquoi ? - L’idée des biscuits chinois est venue alors que je mangeais des sushis. En mangeant un biscuit, je me suis dit que les gens souvent s’y fient – un peu comme on se fie à l’horoscope. Cette question du destin revient d’ailleurs dans le film : « la réponse n’est pas dans le biscuit ». Le destin, on le contrôle, c’est un peu ce que Sarah dit. Je trouvais ça amusant. Ça faisait des chapitres un peu amusants, un peu différents. C’est aussi un peu d’ironie.

Différents dialogues téléphoniques apparaissent en voix-over, dans lesquels, dans ses silences, Sarah se révèle. - C’était écrit comme ça dans le scénario. Je voulais amener cette idée de conversation à distance. Sarah parle beaucoup plus par téléphone : elle est comme capable de dire les chose parce qu’elle est loin, elle est moins exposée. Elle dit « je t’aime » à sa mère par téléphone mais devant elle, elle serait incapable de le lui dire.

Le film questionne la féminité. - Je voulais une fille comme Sophie, qui est très belle et qui a un visage très féminin, et l’habiller de façon plus masculine. Mais je ne voulais pas lui couper les cheveux. Je ne voulais pas aller dans le cliché de la masculinité. Sarah va se poser des question par rapport à la féminité. Antoine lui fait souvent des commentaires par rapport à ça. Elle est perdue, elle est troublée : elle ne sait plus qui elle est ni qui elle doit être. Et en même temps Antoine est lui-même troublé de tomber amoureux d’une fille un peu plus masculine et je trouve cela vrai. Crédible. Ça arrive aussi. On s efait tous des stéréotype de la personne que l’on est censé aimer mais le mélange des genres, le mélange des goûts et le contraste m’intéressaient.

Antoine tombe amoureux au-delà du genre. Il est séduit par une personnalité. - Exactement. Comme Sarah n’est pas confinée dans un genre non plus : elle est accrochée par la personnalité de quelqu’un.

Le trouble de Sarah transparait dans des séquences clés. Comment avez-vous composé cela ? - C’était beaucoup dans le regard. Dans la séquence du karaoké, ce sont des très gros plans où l’on sent l’émotion qui monte dans ses yeux. C’est une des rares scène où elle s’ouvre autant à une émotion. J’en suis très contente. J’aime beaucoup cette scène. Celle de la douche, c’était montrer son désir tout en restant très pudique.

Comment avez-vous choisi Sophie Desmarais ? - On avait fait un court-métrage ensemble. Puis je l’ai vue dans le long-métrage DECHARGE dans lequel elle est fantastique. C’est un rôle à l’opposé du personnage de Sarah. Je la savais talentueuse mais là c’était exceptionnel ! Elle a quelque chose dans le regard, et pour Sarah j’avais besoin de quelqu’un qui parle avec les yeux et avec le corps. Ce qu’elle fait très bien.

Elle est froide et douce à la fois. - C’était dur à trouver. J’avais besoin de quelqu’un qui pouvait jouer le côté introverti mais en même temps il faut s’attacher à Sarah. Elle nous laisse accès à ses émotions quand il y en a. Il y a peu d’actrice qui auraient pu le faire comme elle l’a fait.

Hélène Florent joue le rôle de la mère se Sophie. - C’est une actrice très populaire au Québec. Je pensais à elle à l’écriture. D’ailleurs à l’époque le personnage s’appelait Hélène. Finalement j’ai changé le nom du personnage quand ça a été elle. C’est une actrice très touchante. Elle est un peu comme Sarah : elle ne dit pas les choses et il faut aller les saisir. Elle a une force. Un charisme.

La musique est une donnée essentielle dans le film. - Je voulais mettre de la musique sur toute les scène de course : une musique très calme, ambiante, onirique. Les coureurs m’ont parlé de leur état paisible quand ils courent, je voulais représenter cela.

Sans la dévoiler, pourquoi une fin ouverte ? - J’aime les fins ouvertes parce que j’aime donner la liberté aux spectateurs de l’interpréter. Ça peut être frustrant mais je leur fait confiance. Et puis, c’est bien de faire réfléchir un peu, de ne pas tout donner.

Vous présentez votre premier long métrage au Certain Regard à Cannes, un an après votre court-métrage. - Je suis émue et honorée. J’ai l’impression de commencer ma carrière à cannes. C’est un rêve éveillé. J’ai aussi fait une conférence au Short Film Corner sur le passage du court eu long-métrage (j’ai fait ça aussi pour Téléfilm Canada). Ça me fait palisir parce que je suis une fille de court-métrage. Je pense qu’au festival ils sont très fiers – ils me l’ont dit – parce que c’est la première fois que ça arrive dans l’année consécutive. Je suis bien touchée.

Vous travailliez déjà sur le long alors que vous tourniez court ? - Oui. J’ai écrit le long-métrage sur une période de quatre ans et on était déjà sur une recherche de financement. Quand on est arrivé à Cannes l’an dernier avec CHEF DE MEUTE, c’était un super occasion pour commencer à en parler. On tournait le film quatre mois plus tard. On a eu l’argent au retour de Cannes, tout s’est fait très vite.

Vous avez la capacité de travailler sur plusieurs projets en même temps. - Oui mais j’ai peur des temps morts. J’ai besoin de travailler. Là je suis en recherche de financements pour le deuxième.

Sophie Robichaud - portrait

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