Critique : Child 44

On 14/04/2015 by Nicolas Gilson

Adaptation du roman éponyme de Tom Rob Smith, CHILD 44 est un produit platement démonstratif mais néanmoins efficace critiquant sans la moindre finesse l’aveuglement des régimes totalitaires. Propulsé dans la cours des studios hollywoodiens suite au succès de SNABBA CASH confirmé par celui de SAFE HOUSE, le suédois Daniel Espinosa en signe la réalisation tandis que le scénario a été confié à Richard Price que l’on a connu plus inspiré. La distribution internationale (Tom Hardy, Noomi Rapace, Vincent Cassel, Gary Oldman ou encore Fares Fares) ne sauve-t-elle pas le navire qu’elle fait au moins sourire.

Child 44 Tom Hardy Movie

Premier épisode d’une trilogie romanesque, CHILD 44 s’ouvre sur une triple introduction afin de contextualiser tant l’intrigue que son principal protagoniste : Leo Deminov (Tom Hardy) a grandi dans un orphelinat dont il s’est enfui avant de s’enrôler dans l’armée où il est héros de guerre et de devenir un agent de la police secrète soviétique, le MGB. Voué à un avenir flamboyant, il contrarie doublement sa hiérarchie en suspectant un accident d’être un meurtre et en ne dévoilant pas immédiatement une information. Accusé de trahison, il subit l’opprobre. Bien qu’envoyé au goulag, il tient la tête haute, décidé à faire justice.

« There is no murder in Paradise »

L’ouverture est-elle efficace que la mise en place de l’intrigue en tant que telle est des plus houleuse. Le thriller se dessine sans suspens ni enjeux – à part celui de trouver un assassin dont la silhouette n’est pas même inquiétante – tandis que le système stalinien est caricaturé à outrance. Le totalitarisme soviétique est mis en scène au fil d’un manichéisme poussif des plus démonstratif. Si la démarche – tant scénaristique que de mise en scène – est efficace, elle en devient risible une fois les les évolutions narratives et les rebondissements (balourds)mis à plat. Et si jamais la maxime d’ouverture ne fait pas sens, « there is no murder in Paradise » est mis dans la bouche de chacun des protagonistes afin que tout spectateur en intègre bien l’absurdité – ou du moins peut-on l’espérer.

CH44_D7-2272.CR2Le manque de finesse, conduit à ancrer un caractère démonstratif à chaque « révélation » narrative afin de la rendre bien intelligible. Le dialogue – d’une pauvreté effarante – est on ne peut plus discursif tandis que le pompeux enrobage musical et le montage scolaire renforce une impression de pur gavage – ou de mise en condition. En somme Daniel Espinosa remplit son cahier de charges offrant de l’action et l’impression toute extérieure de partager le ressenti – bien monstratif – d’un homme qui se bat pour la vérité.

On s’amusera alors à regarder les uniformes auxquels les galons confèrent quelque importance, définissant ou redéfinissant la place que l’on occupe dans une société âprement inégalitaire. On prêtera attention aux décors composés avec soin et on ne relèvera pas qu’un orphelin peut avoir des parents ni les illogismes spatio-temporels.  On ne prendra cependant pas conscience que le meurtrier dont il est question a réellement sévi.

Endossant physiquement son rôle, Tom Hardy s’essaie à un accent russe des plus goutu dont il tient la mesure mais qui devient amusant lorsque d’autres s’y risquent ou, au contraire, semblent faire l’impasse sur une curieuse convention. On n’est pas à l’abri d’un fou rire… ni d’une suite.

Child 44CHILD 44
•/♥
Réalisation : Daniel Espinosa
USA / Republique Tchèque / Royaume-Uni / Roumanie – 2015 – 132 min
Distribution : Belga Films
Thriller

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