Chicas

On 27/06/2010 by Nicolas Gilson

Yasmina Reza signe un premier film réussi au sein duquel les mots importent sans pour autant être centraux. La célèbre dramaturge se révèle être une réelle cinéaste, créant un véritable langage cinématographique, certes quelques fois appuyé, avec notamment des flash-back pertinents bien que sans saveur, mais d’une sincérité et d’une justesse troublante.

La plus grande réussite du film est la sobriété dont il témoigne. Si les échanges verbaux ne sont jamais dénués de sens, les gestes et les regards priment sans cesse. Les silences, les répétitions et les contradictions verbales sont autant de révélateurs qui n’ont d’intérêt qu’au travers de la visualisation des gestes : le corps, son mouvement, son interaction avec autrui et avec l’espace. Pour rendre de cela, Yasmina Reza opte pour une photographie épurée dont le mouvement correspond à la nervosité des protagonistes, dont le cadrage serré se veut psychologique tandis que la distance conduit à la mise à nu de la fragilité. Alors que la force d’une image statique, dénuée de tout effet tant visuel que sonore, séduit, l’apparition des mouvements épuise quelque peu sans pour autant rompre le charme de l’ensemble. Car toujours prime la vulnérabilité des différents protagonistes, en interaction les uns avec les autres ou, et là réside la force du film, seuls face à eux-même.

Le scénario est habile. Quatre femmes se retrouvent, ou presque, pour un déjeuner familial. Une mère, veuve, et ses trois filles, deux actrices, une autre mère de famille. Si elles s’aiment assurément, elles sont tantôt complices, tantôt ennemies ; tantôt proches, tantôt bien étrangères les unes par rapport aux autres. Alors qu’elle envisage le pathos de quatre femmes inexorablement liées les unes au autres, Yasmina Reza ne sombre jamais dans la surenchère affective. Ses personnages sont à la fois détestables et adorables : en somme justes et vrais. L’acuité de la direction d’acteur est bluffante. Aucun protagoniste ne prend le pas sur un autre. Chacun se veut révélateur d’un tout d’une simplicité effarante. La réalisatrice glisse même dans le scénario un clin d’œil, sorte de mise en abyme, le film ne parlant in fine que du temps qui passe.

La sensibilité palpable de la mise en scène est interpelante. Au-delà Yasmina Reza joue avec les objets et les détails. A l’instar du magazine dont l’une des filles fait la couverture, ils permettent une cruelle mise à nu. Les rapports familiaux sont décousus et se veulent assassins. Les flash-back, indéniablement cinématographiques, mettant en place une dimension à la fois nostalgique, complice et identitaire : la musique qui les accompagne ancrant une dynamique en opposition avec le reste du film. Car les rares passages musicaux propre au présent relatif sont à chaque fois intradiégétiques ; liés à un protagoniste précis, ils le caractérisent vivement. Si l’ensemble manque quelques fois de rythme, la justesse du jeu, de l’écriture et du regard de la réalisatrice emporte le spectateur au cœur d’une bouleversante exploration humaine.

CHICAS
**(*)
Réalisation : Yasmina REZA
France – 2009 – 84 min
Distribution : Paradiso Films
Comédie dramatique

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