Critique : Cha và con và

On 14/02/2015 by Nicolas Gilson

Nous plongeant au coeur de Saigon, Phan Dang Di s’intéresse au regard qu’un étudiant en photographie porte sur son entourage. Saisissant lui-même l’énergie des instants qu’il met en scène, le réalisateur aborde avec subtilité le désir homosexuel au regard d’une société machiste qui cantonne la femme à une triste position. Ce faisant il propose un portrait, riche et sensible, qui se meut sublimement en une majestueuse métaphore. Enivrant CHA VA CON VA.

Can you feel the night ?

Phan Dang Di nous fond à l’énergie d’une ville et plus encore à celle d’une cellule familiale au sein de laquelle il se glisse en suivant le fil de l’eau. Dès le plan d’ouverture, il pose le cadre de son récit, sans rien dire, en confrontant la dureté du béton qui surplombe, presque menaçant, des habitations bricolées qui paraissent dès lors bien fragiles.

Cha va con va © DNY PRODUCTIONS

C’est autour de la nourriture que les différents protagonistes se réunissent. Une nourriture qui met déjà à distance – et n’aura cesse de le faire – les femmes. La complicité se vit apriori entre hommes. L’échange permet de découvrir la personnalité des uns et des autres, leur réalité aussi mais surtout leur complicité. Parmi eux, une figure se détache, celle de Vu, apprenti photographe.

C’est avec une logique toute poétique que Phan Dang Di part à la rencontre du quotidien d’une ville, au milieu des années 1990, où se croisent et se retrouvent les protagonistes hantés par la précarité financière de leur existence. S’il capture la réalité de la plus grande cité du Vietnam, le réalisateur transcende proprement celle de chacun de ses protagonistes avant de la sublimer au travers de séquences métaphoriques magistralement mises en scène – retour à la terre, aux racines, au ventre maternel.

Dans la moiteur des rues de Saigon, sous le souffle d’un ventilateur à l’abris d’un moustiquaire ou au coeur d’une boîte de nuit où tout semble permis, le désir enivre les protagonistes – doivent-ils être enivrés pour y succomber. Les interdits se confrontent aux codes, les passions aux normes – et inversement.

Si la photographie du film tient du sublime – tout comme les clichés de Vu lorsqu’ils sont enfin dévoilés – au point d’irradier nos sens, Phan Dang Di accorde une attention particulière au son et à la musique pour parvenir à la même finalité. Participant à la narration – avec notamment l’un des protagonistes chanteur des rues – la musique devient un transport sensuel et sensible, qui attise notre attention, nous bouscule ou nous enivre.

Cha và con và | Big Father, Small Father and Other Stories | Unsere sonnigen Tage © DNY productions

CHA VA CON VA
Big Father, Small Father and Other Stories
♥♥♥
Réalisation : Phan Dang Di
Vietnam / France / Allemagne / Pays-Bas – 2015 – 100 min
Distribution : /
Transport des sens

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

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