Critique : C’est dur d’être aimé par des cons

On 15/09/2008 by Nicolas Gilson

Le 8 février 2006, Charlie Hebdo encre le débat autour des caricatures de Mahomet avec en une un dessin de Cabu présentant le prophète, affligé par les intégristes, qui dit : “C’est dur d’être aimé par des cons“. Pour avoir publié les reproductions des caricatures danoises le patron de l’hebdomadaire est assigné en Justice par la Mosquée de Paris, la Ligue Islamique Mondiale et l’Union des Organisations Islamiques de France. Un an plus tard, le 7 février 2007, le procès s’ouvre…

Débat public d’intérêt général

Le sujet du documentaire de Daniel Leconte s’articule autour d’un réel débat de société. Il esquisse une opposition folle entre deux conceptions culturelles. Dialogue de sourd au demeurant, C’est dur d’être aimé par des cons témoigne d’un réel état sociétal. Il ne cherche pas à jeter un pavé dans la marre, ni à éclabousser au passage l’une ou l’autre conviction qu’elle soit religieuse, philosophique ou simplement athée.

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Axé sur une question judiciaire précise, l’assignation en Justice de Philippe Val – rédacteur en chef de Charlie Hebdo, contextualisée, le film de Daniel Leconte apporte un regard posé sur un sujet épineux.

Le réalisateur a opté pour une approche triangulaire focalisées à la fois sur l’unité rédactionnelle de l’hebdomadaire, la salle des pas perdus du Palais de Justice où se tint le procès et sur une série d’interviews confrontant à leurs déclarations les témoins cités au procès.

Ce troisième axe focal témoigne de la dualité intrinsèque au sujet même : si Daniel Leconte cherche à rester neutre afin d’attester d’une démarche objective il ne peut s’empêcher d’intervenir lorsque le témoin s’éloigne de sa déclaration au procès ou encore manifeste d’une optique opposée à la sienne. S’il intervient dans les séquences d’interview, sans pour autant jamais se mettre en scène, il est également présent au travers de la voix-over ouvrant le film et posant les faits. Mais avant toute chose le réalisateur cherche autant à comprendre la problématique soulevée par le procès qu’à la faire comprendre au spectateur.

Les séquences présentant la salle des pas perdus et les discussions y prenant place attestent de cette démarche interrogative. La caméra, son regard, se porte sur l’agitation ambiante. La presse, les politiques et le petites gens sont rassemblés aux portes d’une arène du verbe. Nous sommes confronté à cette agitation contextualisante comme fondu dans la masse.

Le débat qui a lieu de l’autre coté nous est conté et commenté. Le défilé des témoins trouve un écho plural au sein du triangle sur lequel s’appuie le réalisateur : les réactions sont tantôt enregistrées à vif, tantôt posées. Le film se voit ainsi être proprement nourri par la confrontation entre la chaleur des débats et l’objectivité, contestable, du recul temporel.

Le dessin prend une place particulière. Les caricatures de Charlie hebdo, dessins proprement assimilés à l’identité même du média, sont tantôt citées, tantôt mises en scène. Mais le dessin est aussi notre seule entrée dans la salle d’audience, au travers d’aquarelles.

Si la prise de position première du réalisateur est d’avoir fait ce film, elle atteste de la volonté de réagir face à une mise en danger certaine de la liberté de parole, de la liberté des médias aussi et surtout.

C’EST DUR D’ÊTRE AIMÉ PAR DES CONS
LE PROCÈS
♥♥
Réalisation : Daniel LECONTE
France – 2008 – 108 min
Documentaire

c'est dur d'être aimé par des cons

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