C’est déjà l’été

On 27/06/2010 by Nicolas Gilson

EST-CE PAR LE MISERABILISME QUE L’ON COMBAT LA MISERE ?

Martijn Smits réalise un film d’un rare misérabilisme. C’EST DEJA L’ETE est une pure pénitence. L’âpreté de son écriture scénaristique n’a d’égal que la pauvreté de son approche esthétique. Le réalisateur appréhende avec pathétisme le quotidien d’une famille monoparentale dont le père se retrouve honteusement au chômage, la fille, jeune mère, passe son temps à trainer, boire et se faire baiser et le fils erre tout au long de la journée au lieu d’aller à l’école. Est-il question de choralité lorsque un tel nœud familial semble n’être qu’un bloc démonstratif de la misère wallonne ? Ce microcosme platement mis à nu, de cliché en cliché, par le biais d’une captation suggérant un point de vue observant renvoie à une donnée macrocosmique suggérée par le réalisateur. Ponctuellement, une succession de plans documentaires, ancre un passage de l’un au multiple : c’est que Smits dresse une triste photographie d’une certaine société, dépourvue d’espoir. La qualité du grains de ces images « directes » contraste avec l’esthétique première dont la pauvreté du cadrage, sans cesse en mouvement, alors que celui-ci n’apporte le moindre sens, se veut éreintante. Mais Smits mélange également captation directe et mise en scène au sein même de l’hypothèse narrative. Et c’est là que le misérabilisme atteint son point d’exergue : la pauvreté est dévoilée de manière abrupte, trahie par des regards adressés à la caméra par des figurants « captés » dans la désolation de leur quotidien. Car la misère dont il est question s’inscrit au sein d’un récit sans espoir qui cumule tous les pires clichés liés à la pauvreté. Seul la force de jeu de Patrick Deschamps permet au spectateur de respirer et d’apprécier les qualités d’interprétation d’un acteur trop peu visible.

In Fine, Martijn Smits propose un film à l’image de ce que pense le public belge francophone de son cinéma : un drame misérabiliste. Ce public qui ne se déplace pas pour voir les produits de sa cinématographie pourtant riche, et qui, sans jamais avoir vu le moindre film des frères Dardenne, porte dessus ce jugement, assimilant à leurs réalisations l’ensemble de notre cinéma. Pourtant, chez les frères palmés, nul misérabilisme n’est décelable : ils ne cherchent pas à établir une photographie aussi désolante que désolée de la situation de perdition dans laquelle se trouve une certaine Wallonie et au-delà la société. Leur regard, toujours empli d’espoir, empreint d’un amour pour les gens, leur ville, la vie, se double d’une approche esthétique judicieuse. Leur cinéma est parlant, engagé sans jamais être jugeant ou condescendant. La réelle question est d’envisager, sans rire et sans pleurer, la rencontre d’un film comme C’EST DEJA L’ETE avec le public belge. Comment un festival tel que celui de Bruxelles, conscient de la problématique de la non-rencontre entre le public belge et ses productions cinématographiques, parmi la qualité de nombreuses réalisations, peut-il porter le choix de programmer, en compétition, un tel film ?

C’EST DEJA L’ETE

Réalisation : Martijn SMITS
Pays-Bas / Belgique – 2009 – 80 min
Distribution :
Drame
BEFF 2010 – En Compétition

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