Cesare Deve Morire

On 16/10/2012 by Nicolas Gilson

Avec CESARE DEVE MORIRE les frères Taviani mettent en scène un film extraordinaire, étrange – de par sa nature même – et pertinent. Un film singulier où l’émotion est plurielle. Dans une prison des détennus participent à un projet théâtral : ils jouent « Jules César » de Shakespeare, un texte fort et violent où coule le sang… Un texte auquel les réalisateurs donnent un écho déroutant.

Filmé dans la prison de Rébibbia, à Rome, avec pour acteurs – à quelques exceptions près – uniquement des prisonniers issus des quartiers de haute sécurité, CESARE DEVE MORIRE est une réalisation hybride. Fiction et réalité se rencontrent dans un curieux théâtre.

Deux principaux temps composent le film. Celui-ci s’ouvre, en couleur, sur la représentation de la pièce de théâtre avant de nous confronter, en noir et blanc, à la mise en place du projet, du casting aux répétitions.

La séquence d’introduction met en place la notion de spectacle. Raboté le texte de Shakespeare n’y est pas saboté pour autant. Les frères Taviani en soulignent certains passages dont le sens va rapidement s’inscrire. « Ceci est un homme » : tuer comme acte de bravoure alors que les comédiens sont des prisonniers et que le théâtre n’est autre que la prison. La salle se vide. Nous sommes spectateurs. Les comédiens ont quitté la scène et regagnent leur cellule.

Le film est alors construit selon un flash-back narratif suivant l’évolution du projet, de sa présentation à la représentation. Une linéarité qui s’avère riche dépassant les notions de temps et d’espace, grâce à la justesse de l’écriture et à l’acuité du montage. Grâce aussi à la nature même du film. Les séquences de casting sont celles opérées par les réalisateurs pour trouver leur comédiens. Des castings qui répondent de leur méthode. Cette séquence à la fois drôle et touchante, conduit à la sélection de la distribution. Une sélection qui nous confronte aux motifs de condamnation, à la sentence et à la date d’emprisonnement des comédiens. Réalité et fiction ne font alors qu’un.

La répétitions prennent place. La pièce prend vie dans les mots et dans les corps. Le texte de Shakespeare est vulgarisé – chacun l’intégrant dans son patois – dans le sens noble du terme. Une vulgarisation qui conduit à une dimension macrocosmique. Une universalité qui est établie par les acteurs-mêmes lorsque, notamment, l’un d’un eux déclare que Shakespeare vit dans les rue de sa ville. Une universalité qui se retrouve ensuite non seulement dans le texte mais aussi, et surtout, dans les échanges, les gestes, les regards et les silences.

Le réalisme des répétitions trouve sa force dans la nature même du projet mais les réalisateurs vont bien au-delà. La prison devient alors un réel théâtre en en exploitant l’espace. Le parcours de promenade, la cour, les cellules remplacent la salle de répétition et Rome se calque alors sur la structure du centre de détention. La fiction semble pure.

Les frères Taviani construisent leur film sur la notion de contraste. Si celui-ci se retrouve d’emblée entre la couleur et le noir et blanc, il s’établit dans un rapport trouble entre la réalité et la fiction mais aussi grâce à la composition et à son emploi. Si celle-ci participe, conjointement avec le montage, à l’impression de temps qui passe, elle engendre un climat spécifique rendant artificiel ce qui semble ne pas l’être…

CESARE DEVE MORIRE questionne brillamment les notions d’humanité et d’universalité. Et les frère Taviani parviennent à nous émouvoir – du rire aux larmes – en employant, de manière intelligente, les codes du langage cinématographique et en unifiant la fiction et la réalité.

CESARE DEVE MORIRE
♥♥♥♥
Réalisation : Paolo et Vittorio TAVIANI
Italie – 2012 – 76 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique / Docu-fiction
Berlinale 2012 – Sélection Officielle en Compétition

Mise en ligne initiale le 13/02/2012

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