César 2014 : L’Académie boude Kechiche

On 01/03/2014 by Nicolas Gilson

Alors que Guillaume Gallienne s’impose comme le grand vainqueur des César, le palmarès de la 39 ème Cérémonie étonne sans surprendre pour autant. Stigmatisé par « le milieu » à l’instar de François Ozon ou Christophe Honoré, Abdellatif Kechiche n’aura réellement eu les honneurs que des nominations. Avait-il raison de ne pas être présent qu’il n’a pu applaudir son Adèle qu’il tout de même a révélé – comme auparavant Sara Forestier – à la profession. Derrière les courbettes, le couperet s’avère tranchant.

Adele-exarchopoulos-guillaume-gallienne-sandrine-kiberlain

Dany Boon ou Frank Dubosc peuvent être contents, enfin la comédie est récompensée ! Cinq compressions pour LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE ! et deux pour 9 MOIS FERME, le genre n’est plus boudé. Toutefois en adaptant avec brio son spectacle – quoi qu’en dise les mauvaises langues il s’agit d’un réel travail d’écriture –, Guillaume Gallienne ne met pas en scène une série de gags platement démonstratifs oscillant entre la drôlerie d’un coussin péteur et l’originalité d’une tarte à la crème. Il aborde sous un angle apriori léger un réel sujet de société – la question des genres – qui démange la France. Aussi face à LA VIE D’ADELE, L’INCONNU DU LAC ou, dans une autre mesure LA VENUS A LA FOURRURE, c’est presque naturellement qu’un film appréhendant cette thématique l’emporte. Toutefois, alors que tous s’accordaient à louer l’admirable travail d’Abdellatif Kechiche, à l’heure du verdict, la scène du Châtelet est devenue un terrain d’exécution.

Palme d’Or d’exception, LA VIE D’ADELE doit en effet se contenter du César le plus attendu de la soirée consacrant comme espoir Adèle Adèle Exarchopoulos. L’impressionnant travail de montage des équipes dont s’est entouré Kechiche afin de réécrire son appropration du texte de Julie Maroh, celui tout aussi superbe du son ou la photographie hypnotisante de Sofian El Fani ont laissé l’Académie de marbre. Récompensant la complexité de l’écriture de Guillaume Gallienne celle-ci célèbre le montage efficace mais platement narratif de Valérie Deseine, le travail académique de l’équipe de MICHAEL KOHLHAAS et l’univers visuel de Jean-Pierre Jeunet. Le doublé de la meilleure première oeuvre et du meilleur film devrait contraindre es organisateurs à revoir, comme ce fut le cas pour les espoir, le système de nominations…

Adèle-Haenel

Plébiscité uniquement pour la qualité des prestations de son superbe casting, SUZANNE de Katell Quillévéré aura valu (enfin) les honneurs à Adèle Haenel récompensée comme meilleur second rôle. Émue et humble, l’actrice a reçu cet honneur au nom du film et de son équipe avant de remercier celles grâce à qui elle fait ce métier et de conclure sur un mot d’amour, foudroyant, pour Céline Sciamma. François Damiens comme Sara Forestier n’ont par contre pas été récompensés.

Le César du meilleur second rôle masculin n’a pas souri à la Belgique mais à l’Allemagne, l’Académie célébrant une nouvelle fois Niels Arestrup. Sacrée meilleure actrice pour son interprétation dans 9 MOIS FERME, Sandrine Kiberlain s’est imposée face à Catherine Deneuve (ELLE S’EN VA) dont le nom était plus qu’attendu au Palmarès. Un honneur dont elle fut elle-même surprise et comblée. Et une claque – attendue – pour Léa Seydoux.

A l’instar de Kechiche, Alain Guiraudie – pour l’Académie certainement la révélation de l’année – peut se féliciter d’avoir révélé Pierre Deladonchamps. Des huit nominations dont il était honoré, L’INCONNU DU LAC ne repart qu’avec le sacre du meilleur espoir masculin. Dégommé Arnaud Desplechin et son maîtrisé JIMMY P. repartent bredouille tandis qu’en recevant le César du meilleur réalisateur Roman Polanski semble sauver ces célébrations de la mascarade. La profession est-elle capable d’aimer son cinéma ? – une question déjà posée lors de l’annonce des nominations.

Présentée par Cécile de France, la Cérémonie a par ailleurs témoigné de la vitalité des talents belges : des nommés aux remettants jusqu’au sacre de certains dont THE BROKEN CIRCLE BREAKDOWN de Felix Van Groningen, meilleur film étranger.

Cesars-2014-gallienne

Meilleur film : LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE ! de Guillaume Gallienne
Meilleur réalisateur : Roman Polanski pour LA VENUS A LA FOURRURE
Meilleur premier film : LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE ! de Guillaume Gallienne
Meilleure actrice : Sandrine Kiberlain pour 9 MOIS FERME
Meilleur acteur : Guillaume Gallienne pour LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE !
Meilleure actrice dans un second rôle : Adèle Haenel pour SUZANNE
Meilleur acteur dans un second rôle : Niels Arestrup pour QUAI D’ORSAY
Meilleur espoir féminin : Adèle Exarchopoulos pour LA VIE D’ADELE – Chapitres 1 & 2
Meilleur espoir masculin : Pierre Deladonchamps pour L’INCONNU DU LAC
Meilleur scénario original : Albert Dupontel pour 9 MOIS FERME
Meilleure scénario d’adaptation : Guillaume Gallienne pour LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE !
Meilleur montage : Valérie Deseine pour LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE !
Meilleure photographie : Thomas Hardmeier pour L’ETRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET
Meilleur son : Jean-Pierre Duret, Jean Mallet & Mélissa Petitjean pour MICHAEL KOHLHAS
Meilleure musique : Martin Wheeler pour MICHAEL KOHLHAS
Meilleurs costumes : Pascaline Chavanne pour RENOIR
Meilleurs décors : Stéphane Rozenbaum pour L’ECUME DES JOURS
Meilleur film étranger : THE BROKEN CIRCLE BREAKDOWN de Felix Van Groeningen
Meilleur film documentaire : SUR LE CHEMIN DE L’ECOLE de Pascal Plisson
Meilleur film d’animation : LOULOU, L’INCROYABLE SECRET de Grégoire Solotareff & Éric Omond
Meilleur court-métrage : AVANT QUE DE TOUT PERDRE de Xavier Legrand
Meilleur court-métrage d’animation : MADEMOISELLE KIKI ET LES MONTPARNOS d’Amélie Harrault

César 2014

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