Cellule 211 (Cell 211)

On 11/05/2010 by Nicolas Gilson

CELLULE 211 aurait pu être un grand film, il n’en est rien. Certes la photographie, la qualité d’interprétation des acteurs principaux et l’essence du scénario attestent d’une richesse incontestable mais l’enlisement du montage, qui tend à la démonstration et à l’exacerbation sentimentale, est épouvantable. Une triste démultiplication de point de vue rend le thriller platement démonstratif. Mais bon, ça fonctionne.

La séquence d’introduction du film est déroutante : nous sommes confronté aux gestes d’un homme de manière radicale. Dans la pénombre, sans le moindre son atmosphérique, au travers d’un cadrage serré nous subissons de manière presque chirurgicale une succession d’actions qui se veulent estomaquantes au-delà de leur finalité. Ainsi mis en condition nous pénétrons un univers carcéral parallèlement à la découverte de celui-ci par un jeune homme, Juan Oliver (Alberta Ammann), futur maton, qui va se révéler être le protagoniste principal. Le lieu, délabré, abrite un quartier de haute sécurité. Un accident apparemment banal survient : un morceau de plafond s’effondre et frappe Juan à la tête. Celui-ci, alors inconscient, au lieu d’être mené à l’infirmerie est emporté par deux gardiens dans une cellule proche, vide de tout occupant. Lorsqu’il revient à lui, il se rend compte qu’une mutinerie a éclaté et que s’il veut survivre il doit se faire passer pour un détenu. Déjà pourtant nous ne sommes plus pleinement fondu à son ressenti car le montage tend à une pluralité de points de vue. La mutinerie est envisagée à la fois selon la perception qu’en a Juan, le détenu qui en permet la réalisation (Malamadre) et par l’un des gardiens ayant conduit Juan dans une cellule – avant bien d’autres regards.

Alors que la situation de départ est captivante se pose néanmoins la question de l’intérêt de la séquence d’ouverture. L’identité de l’homme n’est pas encore révélée que déjà ses gestes semblent témoigner de la volonté de dénoncer les conditions d’incarcération. Mais cela importe-t-il vraiment ? La mise en condition première a fonctionné, les autres peuvent prendre place. Car l’esquisse de choralité se révèle rapidement n’être qu’un moyen d’ancrer plus avant notre conditionnement. Démultiplications temporelle, effets de flash-back, pluralité des hypothèses filmiques (caméras de surveillance, images télévisuelles et internet) ne conduisent au final qu’à concrétiser une dimension atmosphérique. L’écriture est dès lors duale : elle propose un récit saisissant où l’évolution du psychologique du protagoniste principal est passionnante tout en l’agglomérant dans un éclatement démonstratif simpliste sans réelle singularité. La prépondérance du personnage de l’épouse de Juan est sans doute l’élément le plus fâcheux, surtout au travers de flash-back indolents qui sombrent dans un pitoyable pathos.

CELLULE 211 en devient creux, irrémédiablement. Pourtant l’approche de l’univers carcéral, de l’intérieur, est bien pensée. Le cadre serré, combiné au mouvement nécessaire, nous confronte à cette autre réalité au point de nous y fondre. Cependant les scènes de groupe au sein de la prison sont très mal gérées : les figurants semblent singer des gestes gras et caricaturaux – les figurants figurent. Par contre les scènes d’émeute aux portes de la prison sont criante de vérité – à l’exception de quelques plans centrés sur la maudite épouse – si bien qu’elles acquièrent une force documentaire. Le film se voudrait sans doute tendre à une certaine photographie des prisons … mais la prépondérance de l’hypothèse de thriller est telle qu’elle gomme toute possibilité. Les fantômes de UN PROPHETE ou encore HUNGER n’y sont pas étrangers, CELLULE 211 n’égalant aucunement ces approche à la fois justes, singulières et pénétrantes.

CELDA 211
CELLULE 211
*
Réalisation : Daniel MONZON
Espagne – 2008 – 104 min
Distribution : Les Films de L’Elysée
Thriller

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