Ce Que Le Jour Doit A La Nuit

On 07/09/2012 by Nicolas Gilson

Avec CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT, Alexandre Arcady livre une fresque indigeste au sein de laquelle aucun élément n’en sauve un autre. Reposant sur un scénario éprouvant, le film semble mal pensé à tous points de vue. Le découpage, le montage ou encore la direction d’acteur sont déplorables. Mais puisqu’il s’agit de l’adaptation d’un best-seller… mieux vaut acheter le livre*.

D’emblée le réalisateur nous confronte à une mise en scène palpable et artificielle encadrée par une voix-over dictatoriale qui, revenant en leitmotiv, s’impose comme la seule source d’expressivité et de ressenti tant la caractérisation des protagonistes est sans consistance et la direction d’acteur s’avère grossière voire simiesque. D’effets en appuis, qu’ils soient visuels ou sonores – cette petite musique atmosphérique –, Alexandre Arcady nous dicte les états dans lesquels il tente de nous fondre et nous impose sans finesse ni doigté l’expressivité des sensations auxquelles il ne nous conduit pas.

La base de la narration est pourtant riche. Younes encore jeune enfant quitte la campagne algérienne avec son père, sa mère et sa soeur car ils ont été contraints de céder leurs terres. Bien que l’oncle de Younès, qui a une situation en ville, leur propose son aide, son père la refuse. Consumé par la fierté, il renie son fils. Younès va alors vivre chez son oncle qui est marié à une française, restée catholique. Nous sommes en 1940. Younès qui grandit alors dans une cellule familiale singulière est rebaptisé Jonas, par facilité. CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT, présente l’histoire de Younès jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, et au-delà, à travers une envolée romanesque qui est d’un bout à l’autre platement artificielle et atmosphérique. Rien n’est ressenti ou vécu : le film n’est que pure démonstration. Une pitoyable démonstration reposant sur une successions de tableaux dépeints à gros traits avec une improbable balourdise.

L’approche esthétique est sans intérêt : le découpage est malhabile, la photographie est toute artificielle, le son se révèle de piètre qualité, la dynamique de montage manque de cohérence, les effets de ralentis s’avèrent risibles, l’emploi de la voix-over est sans volume,… Mais la pauvreté de l’ensemble se révèle plus encore dans l’absence totale d’adresse dans la mise en scène au point que tous les comédiens sont mauvais. Ajoutons à cela des dialogues grotesques et empruntés qui ont le mérite d’être source de fous-rires – ne citons qu’une réplique : « Cours ! Cours et ne te retourne pas ! »

En un mot : CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT est une farce. Une très longue plaisanterie de mauvais goût car, tout au long des 159 minutes de son film, Alexandre Arcady adopte un point de vue trouble par rapport à l’Algérie et à sa prise d’indépendance : comme ses protagonistes ne sont pas dans le ressenti mais dans la pure monstration, l’objet de leur discours, quelque fois résolument raciste voire fasciste, est aussi caricatural qu’eux et ne peut que questionner. Quant à l’histoire d’amour… elle s’avère d’un ennui incommensurable.

*Précisions que nous ne l’avons pas lu.
« Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmine Khadra est publié aux éditions Julliard.

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT

Réalisation : Alexandre ARCADY
France – 2012 – 159 min
Distribution : uDream
Comédie Romantique / Drame

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