Carnage

On 06/12/2011 by Nicolas Gilson

Roman Polanski envisage une nouvelle fois la nature humaine au travers de ses interactions. Les vraisemblances et leurs failles sont les enjeux du texte de Yasmina Réza (« Le Dieu du Carnage ») que le réalisateur adapte au cinéma. L’écriture est habile, la mise en scène intelligente : CARNAGE est un huis-clos troublant et délectable qui fait froid dans le dos tant la simplicité peut s’avérer complexe. Lorsque les masques tombent, les doutes subsistent quant à la nudité dévoilée.

En guise de prélude, le générique s’inscrit sur un plan séquence où des enfants ont une altercation dans un jardin public. Le monde des enfants fait alors place à celui des adultes. A l’ouverture hypnotique au sein de laquelle le réalisateur inscrit un zoom vers les enfants, répond un mouvement de de-zoom comme un premier effet de reflet en miroir. Aux gestes répondent les mots : les parents couchent sur papier les actes posés ou subis par leurs garçons. Le vocabulaire, déjà, a toute son importance. Quatre adultes – deux couples, deux pères et deux mères – sont ainsi réunis afin de discuter d’une affaire qu’ils comptent régler entre eux.

D’emblée la caractérisation des protagonistes s’impose comme pleine de sens. Chaque élément est un réel vecteur du vocable aux gestes, des tenues et des accessoires au décor. L’hypothèse-même d’interaction et de regard est captivante. D’emblée aussi la richesse du casting est frappante. Le huit-clos rapidement se met en place, révélant un élément essentiel, celui de l’image face à autrui : le dialogue « vrai » ne peut prendre place qu’à l’intérieur des murs, à l’abri des voisins et des regards extérieurs. Et si le jeu de va et vient vers la sortie est indéniablement théâtral, Roman Polanski le rend cinématographique grâce à la multitude des points de vue, des axes et des champs. Et puisqu’il est question d’image – celle que les protagonistes ont d’eux-mêmes et pensent refléter –, le réalisateur met en place une dynamique intelligente de jeu de miroir. Peu à peu le vernis s’effrite jusqu’à disparaître… Un film brillant porté par des acteurs magistraux.

CARNAGE
♥♥♥
Réalisation : Roman POLANSKI
France / Espagne / Pologne / Allemange – 2011 – 80 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

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