Cannes : Tournée

On 13/05/2010 by Nicolas Gilson

Mathieu Amalric propose un film hybride qui invite le spectateur à rencontrer l’univers singulier d’une troupe de new burlesque américaine qui tourne en France et à en découvrir les coulisses – à la fois physiques et indivudelles, spaciales et psychologiques. Peu à peu les personnages vont se mettre à nu, au-delà de l’effeuillage : leur fragilité se révèle au point de devenir le réel moteur du film.

Au travers tant du casting que de la mise en scène TOURNEE entremêle les contours flous de la fiction et de la réalité. Si les différents protagonistes du new burlesque sont de réels performeurs découverts aux Etats-Unis, les choix esthétiques, dont principalement la dynamique de cadrage, esquissent une potentialité documentaire quelque peu déroutante. Une fiction marquée par le biais de la figure de Mathieu Amalric dont l’interprétation oscille entre justesse et artificialité – qui se veut complice du spectateur. Ce double jeu, cette double approche, se marque également d’un point de vue scénaristique : comédie d’une part (où le comique de situation est délicieux), portrait de l’autre.

Bien que les protagonistes de TOURNEE ne cessent de présenter leur spectacle, celui-ci n’est jamais offert au spectateur que par bribes. Une réelle dynamique de regard lui permet de découvrir l’hypothèse spectaculaire selon un point de vue enivrant, celui des coulisses. Ainsi le spectateur peut se fondre à l’ambiance non de la salle mais à celle à la fois identitaire et commune qui définit la troupe. Les angles de prises de vue rendent centrale non la notion de spectacle mais celle de performance. Les coulisses, à la sonorité particulière, se dessinent d’ailleurs au-delà des théâtres et des cabarets : elles sont celles des hôtels, des trains … mais aussi et surtout des rapports humains. Une fois cette rencontre établie la poésie de certains numéros – morcelés – devient troublante, tel le mythique effeuillage au ballon sur la musique de Moon River. Les références sont là, nombreuses. Elles sont le moteur du réalisateur, elles réjouissent le spectateur lorsqu’il les perçoit …

Si Mathieu Amalric donne brillamment vie à un producteur passionné mais néanmoins usé par le métier et les relations, les différentes protagonistes de la scène burlesque témoignent d’une justesse de ton admirable. L’une d’entre elles devient rapidement l’élément central du film. Comme si l’un représentait l’ensemble. Mademoiselle Mimi Le Meaux est la rencontre du film, son intérêt-même. Derrière sa figure s’offre la révélation d’une terrible fragilité, celle du travestissement au-delà du genre et du spectacle : maquillage, vêtements, accessoires et autres apparats sont autant de révélateurs. Plus encore, les tatouages de la protagoniste, cette peau sur la peau, la protègent, la masquent tout en racontant une histoire, son histoire. Celle-ci ne prend jamais la forme des mots. C’est le regard de la caméra, et donc du réalisateur, qui lui confère un sens, une sensibilité. La mise à nu à laquelle Amalric tend n’est pas effective, il s’agit de la captation de la fragilité intrinsèque de ses protagonistes, commune à tout spectateur, à lui-même – qu’il soit scénariste, réalisateur, acteur ou protagoniste. Celle-ci, qui se fait donc indépendamment des couches et en marge de l’effectif effeuillage, permet une troublante rencontre.

TOURNEE
♥♥(♥)
Réalisation : Mathieu AMALRIC
France – 2009 – 111 min
Distribution : /
Comédie / Comédie dramatique
Cannes 2010 – Sélection Officielle – Compétition

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