Cannes : The Housemaid

On 14/05/2010 by Nicolas Gilson

Réappropriation de l’œuvre éponyme de Kim Ki-young, THE HOUSEMAID tiraille l’hypothèse de servitude. Lorsque Euny, une jeune femme simple et candide, est engagée comme aide-gouvernante par une riche famille bourgeoise elle se retrouve confrontée à un univers sans concessions apparentes empli de codes et de rituels, entre jeux d’apparences et d’obédience. Alors spontanée et naturelle, elle va devoir concilier l’être et le paraître : est-il dès lors possible de se définir en tant qu’individu, et plus encore en tant que femme ?

Le film s’ouvre sur un prologue à l’esthétique crue, directe privilégiant la captation des gestes et des mouvements. Aucune concession, un montage presque abrupte offre à découvrir la frénésie de rues vomissant presque de nourriture. Celle-ci ne cesse d’être manipulée. Parallèlement à cela une jeune fille se suicide, sautant ans le vide depuis le haut d’un immeuble. La rue s’anime mais le travail des uns et l’exaltation des autres l’emportent sur un événement qui semble n’en être pas un. Si ce n’est pour Euny qui affiche une étrange fascination.

Qu’importe, le corps du film nous emporte au loin, au sein d’un microcosme malade et malsain. Le réalisateur s’appuie alors sur une tout autre esthétique ; sur une mise en scène quelque fois palpable, souvent millimétrée, dont la force des cadrage n’a d’égal que la qualité de la mise en lumière. La photographie est plein de sens, elle nous donne à ressentir les événements voire à les pressentir. La mise en scène est parlante, captivante. Et si Im Sang-Soo recourt à un enrobage musical, celui-ci fait mouche, attisant notre attention, ancrant une dynamique tantôt emphatique, tantôt purement conditionnante.

Le scénario développe avec beaucoup de justesse la découverte d’une jeune femme d’un milieu considéré comme supérieur, ou du moins revendiqué comme tel. Sa naïveté première la rend séduisante pour le maître de maison – l’érotisme est enivrant, invisible pour son épouse. Rien d’étonnant dans l’enchaînement narratif où l’homme va considérer Euny comme une proie et où celle-ci va s’en éprendre. Mais le développement narratif, renforcé par l’approche esthétique, crée la différence, capte notre intérêt. Au-delà c’est une réelle mise à mal de la bourgeoisie et des rapports humains qui est envisagée. Les gestes revêtent une importance prépondérante : s’ils mettent en place une réelle ritualisation, la distorsion de celle-ci sera révélatrice de l’évolution des protagonistes, des modifications radicales qui s’opèrent malgré eux.

Les hypothèses de féminité et de servitude sont envisagées avec intelligence : derrières les tensions plurielles et les jeux de domination, l’être annihile le paraître. L’archétype masculin est tourné au ridicule, principalement au travers de l’hypothèse sexuelle. Deux séquences quasi consécutives de fellation nous offre à voir un homme qui parade, pensant la femme comme un objet alors qu’il se révèle être le seul protagoniste dépourvu d’individualité. L’homme réifiant la femme se trouve en fait être objectualisé par son propre comportement …

Un comportement ne pouvant que conduire à sa propre perte : une dégénérescence habilement orchestrée.

THE HOUSEMAID
***
Réalisation : IM SANG-SOO
Corée du Sud – 2010 – 107 min
Distribution : /
Comédie dramatique
Cannes 2010 – Sélection Officielle – En Compétition

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