Cannes : Schastye Moe (Mon Bonheur)

On 19/05/2010 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de fiction du réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa, SCHASTYE MOE atteste de qualités esthétiques certaines mais repose sur un scénario à la fois simpliste et biscornu dont la construction, presque schizophrène, est bancale. La photographie, malgré une évidente esthétisation iconographique, est admirable tandis que la direction d’acteur et les choix de mise en scène tendent à un réalisme abrupte, cru et violent qui apparaît être l’élément clé de l’ensemble.

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D’emblée nous sommes confronté à la violence : un corps d’homme est enseveli, annihilé. Il disparaît par la volonté d’autres hommes. La violence et la radicalité des gestes s’imposent comme foudroyante. Le corps est déshumanisé dès lors qu’il disparaît. Bref prélude qui se veut annonciateur. La violence s’impose alors rapidement d’abord dans un rapport de subordination à l’autorité, ensuite dans l’évocation avant de n’être plus que la seule possibilité d’action, d’interaction.

La ligne narrative est forte mais elle s’épuise dans une sinuosité fatigante et irritante. Un protagoniste est central, s’efface, réapparaît … si bien que nous sommes perdu face à des actions vide de sens où seules les notions d’aberration et de déshumanisation s’imposent. Alors que nous faisons corps à ce protagoniste – une fusion permise grâce aux choix de cadrage – nous nous trouvons rapidement en position de simple spectateur distancié d’un obscur spectacle d’une rare violence à la fois insupportable et gratuite.

Les figures d’autorité n’ont de cesse de se dessiner comme monstrueuses et irrespectueuses. Les rapports humains n’en sont pas. Sergei Loznitsa met en scène une galerie de caricatures brutales qui distordent tous nos point de repère sociaux : les pères légaux et symboliques que sont les policiers ou les militaires réduisant à néant la figure paternelle dans un geste lâche et gratuit ; une femme viole un homme … Les « images » sont fortes, pleines de sens. Mais l’absence de repères dans la construction, la disparition de la radicalité du point de vue premier fusionnant le spectateur au protagoniste central, engendre une distanciation indépassable.

SCHASTYE MOE
MON BONHEUR

Réalisation : Serguei LOZNITSA
Russie – 2010 – 127 min
Distribution : /
Drame

Cannes 2010 – Sélection Officielle – En Compétition

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