Cannes : Poetry

On 19/05/2010 by Nicolas Gilson

Lee Chang-Don appréhende avec beaucoup de pudeur la douleur d’une femme troublée par le suicide d’une adolescente. La décision brutale prise par la jeune fille de se jeter du haut d’un pont hante Mija. Lorsqu’elle apprend que son petit fils, qu’elle élève seule, est en partie responsable de cette tragédie, son quotidien bascule. Enfermée dans un mutisme certain, elle trouve son seul refuge dans la poésie : elle décide de suivre un cours, et si elle n’ose encore s’essayer à l’écriture, elle regarde le monde avec un regard neuf, comme si elle le découvrait pour la première fois.

La mise en scène est d’une radicale sobriété, favorisant les plans moyens au sein desquels Mija est la figure centrale. Toujours le réalisateur garde une certaine distance dans la captation des gestes de la vieille femme afin que le trouble qui l’habite, ses hésitations puissent être palpable. Lorsque le spectateur n’est pas confronté à elle, il en découvre les centres d’attention ; les objets de son regard.

Incapable de dialoguer, étouffée par les conventions et les idées d’autrui au sein desquelles elle ne semble pas se retrouver, Mija plonge doucement vers une tendre folie. Si elle perd la mémoire, elle s’en forge une nouvelle guidée par le regard du voyant. L’approche scénaristique est radicale : constamment centrée sur le personnage de Mija, elle se concentre avec force sur le trouble sensitif qui bouleverse la vieille femme. Toutefois le caractère pathétique du personnage est étouffant. Plus encore il tend à une distanciation radicale tant il est impossible de partager le ressenti de cette dame incapable de s’exprimer ou de réagir. Mais la poésie de son regard s’impose : bien qu’âgée de soixante-six ans Mija découvre le monde qui l’entoure avec les yeux d’un enfant. Dès lors le spectateur ne peut condamner son comportement et, en marge de tout jugement, il peut envisager la perfidie des uns, la générosité des autres. Lee Chang-Dong propose un curieux parcours initiatique qui revêt un caractère funeste mais qui lie magiquement la vie à la mort, la vieillesse à la jeunesse.

POETRY
POESIE
**
Réalisation : Lee CHANG-DONG
Corrée du Sud – 2009 – 135 min
Distribution : /
Drame
Cannes 2010 – Sélection Officielle – En Compétition

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