Les Amours Imaginaires

On 16/05/2010 by Nicolas Gilson

LES AMOURS IMAGINAIRES confirme le talent de Xavier Dolan. Après une premier long-métrage magistral, le jeune réalisateur canadien signe un film à la fois drôle et tragique qui envisage le dessein amoureux sous l’angle de la fascination, du désir et d’un irrémédiable aveuglement. Maîtrisant de manière impressionnante le médium cinématographique, il crée un réel langage singulier tout en ancrant une dynamique citationnelle et référencielle qui, bien que pédante, n’est jamais vaine ni gratuite.

Deux amis, deux complices, Francis et Marie – dont le spectateur ne perçoit que l’émoi, la dissimulation de celui-ci et la sensibilité – s’éprennent d’un même jeune homme : Nicolas. Quelques rendez-vous suffisent à les conduire à une douce folie, celle de l’aveuglement amoureux. Nicolas semble répondre ou pour le moins nourrir leurs attentes. Mais les envies de l’un sont incompatibles avec les désirs de l’autre, aussi l’amitié première, pourtant évidente et radicale, ne peut qu’en souffrir. De tentatives de séduction en espoir attisés, Francis et Marie succombent malgré eux à une dévastatrice mesquinerie – succulente pour le spectateur mais indéniablement destructrice – à mesure qu’ils tombent en amour. Parallèlement à cette ligne narrative intensément dramatique, une série de récits en face caméra désamorcent l’hypothèse amoureuse, avec une ironie et un sarcasme délectables. Plus encore ils permettent d’ancrer une dimension macrocosmique réaliste, qui confère à la fiction tout son sens.

DE LA FASCINATION AMOUREUSE

Xavier Dolan met en scène l’hypothèse de la fascination selon une pluralité de dynamiques. Si celle-ci est premièrement dévoilée au travers du dialogue, au cœur de la frontalité des témoignages parallèles à la narration centrale, elle prend vie de manière fulgurante au sein-même de la captation mais aussi au regard du montage tant visuel que sonore. Par le choix d’un cadre serré à très (très) serré, selon une logique du morcellement, le réalisateur atteste de la pulsion qui enivre ses protagonistes : une réification manifeste qui ne conduit pourtant jamais à une objectualisation du sujet observé. La prédominance des gestes s’imposent comme vivifiante. L’exaltation du regard, des regards, trouve un écho dans des effets de ralentis capiteux. Le soucis du détails conduit à la révélation, aux sensations.

La fascination prend aussi une autre forme, indépendamment de l’hypothèse proprement amoureuse : celle d’une admiration pour la femme. La figure de Marie est marginalisée par rapport aux autres jeunes femmes. De par sa tenue et sa gestuelle, elle transcende une désuette féminité. Ses tenues dessinent ses courbes, ses accessoires révèlent une dimension stéréotypée qui distord la notion d’archétype. La jeune femme existe au-delà de l’image qu’elle représente. Elle éclate toute iconographie, se joue des clichés.

La sexualité est envisagée selon un double point de vue à la fois désacralisée – les amants en marge du sentiments amoureux – et sacralisée – consumée par le désir passionnel. Elle est à la fois banalisée et présentée comme nécessaire. Néanmoins un simple effleurement de peau, le moindre signe de tendresse de la part de l’être aimé s’impose comme irradiant, fusse-t-il fantasmé, gonflé, interprété. Car LES AMOURS IMAGINAIRES émanent de cela ; du désir de ressentir. Ce désir de la projection qui bien que destructeur, malade, biaisé, emporte dans un au-delà sublime et sublimé.

Malgré une référencialité évidente (qu’il s’agisse Wong Kar-Wai ou de Jean-Luc Godard), Xavier Dolan impose un style. Il se réapproprie des démarches esthétiques ayant fait mouche, leur confère un sens à la fois similaire et autre, y insufflant une sensibilité singulière. Les citations sont nombreuses. Quelques fois révélatrices d’une suffisance certaine, elles créent des dynamiques de sens. Un amour pour le cinéma, la littérature mais aussi une musique éclectique. Une autre fascination elle aussi enivrante et contagieuse.

LES AMOURS IMAGINAIRES

♥♥♥♥
Réalisation : Xavier DOLAN
Canada – 2010 – 102 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique
Cannes – Sélection Officielle – Un Certain Regard

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