Chongqing Blues

On 13/05/2010 by Nicolas Gilson

Wang Xiaoshuai envisage le deuil difficile de la part d’un père du fils qu’il n’a pas connu. De retour après quatorze ans à Chongqing, la ville qu’il a quitté alors que son fils était âgé de 10 ans, Lin tente de comprendre pourquoi celui-ci a été abattu par la police lors d’une prise d’otage qu’il a ourdi sans réelle raison. Lin cherche à rencontrer qui était son fils et a lui donner un visage. Une quête délicate, désespérée et désespérante.

Si le scénario n’atteste d’aucune originalité, il a le mérite de confronter deux générations qui ne se comprennent plus. Lin cherche à comprendre un fils sans avoir une véritable grille de lecture. Chongqing a évoluée, la ville vit selon une réalité occidentale qui perturbe Lin irrémédiablement. Sa génération semble subir ce décalage, sans autre réaction qu’une vaine critique verbale ancrant plus profondément l’abime intergénérationel. Mais la dynamique de montage – une réécriture à la fois systématique et brouillonne – amenuise cela de manière radicale. Si l’objet narratif premier reste la quête du fils à travers l’évocation, celle-ci est symbolique lorsqu’elle est iconographique : Lin veut à tout prix visualiser son fils. Il découvre les images vidéo de la caméra de surveillance de la grande surface où son fils a fait une prise d’otage – des images qui le hantent – et en agrandit un arrêt photographique. Sa fascination pour cette photographie, objet de pétrification, tend à la logique des attractions voire à l’abstraction pure. Lin se perd en elle. L’image reviendra, tel un leitmotiv, et ancrera un ultime geste symbolique.

L’approche esthétique est duale, elle tend à la fois à un réalisme où une caméra sans cesse en mouvement fatigue et à une esthétisation aussi pompante que pompeuse. Les appuis sont nombreux au sein de la mise en scène, au point que certains protagonistes sont au bord de la caricature. Plus encore les effets de ralenti – bien risibles – ou les renforts musicaux épuisent. Mais la justesse de Wang Xueqi, qui interprète Lin est touchante, bien que jamais le trouble qui habite le protagoniste ne se communique au spectateur.


RIZHAO CHONGQING
CHONGQING BLUES
*
Réalisation : Wang XIAOSHUAI
Chine – 2010 – 110 min
Distribution : /
Drame

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