Cannes Anyways

On 19/05/2012 by Nicolas Gilson

Au programme de ce vendredi, trois films correctement répartis dans un emploi du temps qui semble dès lors agréable. Alors que le soleil est présent de bon matin, l’écho se fait que la soirée qui se prépare depuis deux jours à dix mètres d’où on dort est celle du film de Xavier Dolan, LAURENCE ANYWAYS, 159 minutes à découvrir en milieu de journée… Mais auparavant, dans un pas de course maintenant quotidien, il faut se rendre au Grand Théâtre Lumière pour la projection de 8h30.

Il s’agit de REALITY de Matteo Garrone, le réalisateur de GOMORRA qui décrocha, en 2008, le Grand Prix du Festival de Cannes. Autant dire que le film est attendu et que la foule est au rendez-vous ! Si bien qu’il a fallu aux organisateurs ouvrir la salle du Soixantième pour accueillir une partie des journalistes, des professionnels et des invités – ce qui s’est passé dans un calme surprenant – et en refouler un bon nombre… – Bon, là pour le calme, on n’en sait rien ! Mais on peut dire que REALITY est un film prodigieux, sensible et intelligent, délicieux et étourdissant !

Et sans vouloir tendre au délire du protagoniste principal, pourquoi ne pas rêver : on se lance alors comme défi de dégoter une invitation pour la soirée du film LAURENCE ANYWAYS !

Qu’importe la pluie qui s’abat sur Cannes – n’en a-t-on pas l’habitude? – il s’agit de filer au village international afin de passer au pavillon québécois. Après la mise en scène de nombreux prétextes professionnels afin d’obtenir le fameux sésame, arborant fièrement le badge des Machins – les petits prix du cinéma belges –, on obtient quelques informations intéressantes comme l’organisation d’une fête informelle au pavillon même demain soir… mais pas de carton. La première tentative est un échec cuisant. Mais à voir comment le grattage d’invitation est un art auquel les différents représentants sont habitués, il s’agit de la jouer avec finesse.

Plan b : un forcing via mail. On contacte alors le distributeur belge, l’ancien producteur de Xavier Dolan, le programmateur du FIFF de Namur, les amis (d’amis) qui ont des amis chez MK2 qui organise la soirée, l’attachée de presse internationale qui s’occupe du film,… bref, on tente le tout pour le tout en espérant rester digne ! C’est alors qu’on craque, qu’on s’épanche sur les réseaux sociaux… et qu’un espoir chasse la morosité qui s’était imposée avant de pénétrer dans la salle Debussy afin de découvrir le troisième long-métrage du jeune Xavier Dolan.

Encore ému par le film, malgré un agacement certain – sans doute la preuve du génie du réalisateur –, on découvre dans une longue liste de commentaires « facebook » qu’un ami d’ami qui est détenteur d’une invitation pourrait en obtenir une seconde ! On envisage alors de titrer ce papier « Super Brandon », « Brandon le Magnifique » ou encore « Brandon Anyways » mais au moment d’aller découvrir un nouveau film de la compétition officielle, AU-DELA DES COLLINES de Cristian Mungiu, l’espoir retombe. Brandon a beau être super, il n’a pas de pouvoir magique.

Durant les 150 interminables minutes du film pourtant esthétiquement maîtrisé, on oublie Dolan, le strass et les paillettes. Mais sitôt re-caféiné, on parcourt ses mails sans que la réponse escomptée n’y figure. On se décide à rentrer bredouille lorsque la seconde séance du film québécois prend place. Le lieu des festivités jou, le service de sécurité ne laisse pas présager la moindre ouverture…

Et si l’on avait su, on ne se serait pas pris la tête dans l’espoir de rentrer ab-so-lu-ment dans cette soirée. On se serait contenté d’aller saluer des amis au pavillon allemand et on y aurait croisé Ewan McGregor et Diane Krüger. A la place de quoi on subit les allées et venues de ceux qui festoient à quelques pas… Bref, la loose. Mais selon les dires éméchés de deux jeunes femmes plus si jeunes que ça qui parlent beaucoup plus fort que d’autres : « A part Deniso qui est plus vieux qu’à la télé, il n’y avait que des ploucs ». C’est déjà ça.

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