Cannes : Another Year

On 16/05/2010 by Nicolas Gilson

L’émotion est indéniablement au rendez-vous de ANOTHER YEAR de Mike Leigh : par la juste définition des protagonistes et de leurs échanges, le réalisateur emporte le spectateur dans les méandres de la banalité humaine, tantôt joyeuses et tantôt pathétiques, en s’appuyant sur une dimension humoristique piquante. Par le choix d’une cadre serré, le réalisateur invite le spectateur à se fondre au ressenti de ses protagonistes, durant quatre saisons. Une tendre rencontre pleine de sentiments et de sensations.

D’emblée le spectateur ne peut qu’être transporté dans la singularité de l’affectivité : le film s’ouvre sur l’hypothèse de la fragilité dévoilée. Une femme fait face à un médecin, sujette à des insomnies depuis un an, elle trouve enfin le courage de demander un support médical. Cependant le médecin l’oriente vers une aide psychologique, ce que la patiente semble refuser. La finesse de la mise en scène et la force de l’écriture s’imposent comme brillante. Par une succession de gros plans le spectateur est confronté à la vulnérabilité de la patiente, tout en découvrant l’humanité du médecin. Deux éléments qui deviennent rapidement directeurs. La patiente s’efface laissant place à la thérapeute. Celle-ci, Gerri, constitue avec Tom son mari un binôme indissociable qui se veut central. L’ensemble des protagonistes se dessinent, se définissent en fonction d’eux. Le scénario qui se construit autour de cette hypothèse de centralité, s’égare ponctuellement mais jamais ne s’épuise.

Un personnage séduit sans doute plus que les autres : Mary – majestueusement interprétée par Lesley Manville dont la qualité de jeu est stupéfiante – collègue de Gerri, proche au point d’en être l’amie. Enlisée dans une dépression qui la ronge à mesure qu’elle refuse d’y faire face, elle dérive peu à peu dans un alcoolisme profond. Mais nul pathos, aucun misérabilisme dans l’approche de Mike Leigh. Bien au contraire. S’il révèle la force de la situation, des situations, au travers de la captation des gestes, il en permet une réelle mesure et parallèlement une distanciation grâce à dimension humoristique salvatrice bien qu’acerbe. La qualité des dialogues et le rythme des répliques sont brillants. Le spectateur découvre la fragilité qui habite les différents protagonistes sans jamais porter le moindre jugement. Il ne peut en somme que se penser lui-même, en souriant.

ANOTHER YEAR
***
Réalisation : Mike LEIGH
Grande-Bretagne – 2010 – 129 min
Distribution : /
Comédie dramatique
Cannes 2010 – Sélection Officielle – En compétition

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