Cannes 2018 : Clôturera, Clôturera Pas ?

On 30/04/2018 by Nicolas Gilson

Le Festival de Cannes pourra-t-il renouer avec la traditionnelle projection d’un film de clôture à l’issue du Palmarès de la 71 ème édition ce 19/05 ? Alors qu’était annoncé THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE de Terry Gilliam (le 18/04), la société de production Alfama Films (en la personne de M Paulo Branco) a demandé ce 25/04 à la justice de l’interdire. La requête sera examinée en référé le lundi 7 mai prochain, veille de l’ouverture du Festival. Le Président du Festival, Pierre Lescure, et son Délégué général, Thierry Frémaux, ont réagit.

THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE

Il nous semble important de faire valoir les raisons qui nous ont conduits à sélectionner le film et à encourir l’attaque d’un producteur dont l’avocat, M. Juan Branco, aime rappeler que son image et sa crédibilité se sont essentiellement bâties sur ses innombrables présences à Cannes, et par sa proximité avec de grands auteurs consacrés par le Festival. Ce qui est vrai, et ajoute à notre perplexité.

Cet hiver, et alors que THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE allait nous être présenté par Terry Gilliam, par Kinology Films, le vendeur du film et Océan Films, qui le distribue, M. Branco nous a informés du litige qui l’opposait au réalisateur, suite à la rupture ayant suivi leur collaboration sur la pré-production du film.

Les contentieux tels que celui qui oppose M. Branco à Terry Gilliam ne sont pas rares, le Festival en est régulièrement informé, mais il ne lui appartient pas de prendre position sur un sujet de cet ordre. Ainsi, après vision, et alors qu’une sortie simultanée du film semblait possible, nous avons décidé de faire figurer cette œuvre en Sélection officielle.

Le Festival de Cannes a pour mission de choisir les œuvres sur des critères purement artistiques et une sélection doit se faire avant tout en accord avec le réalisateur d’un film. C’est le cas. Nous étions prévenus des recours possibles et des risques encourus, dans une situation déjà rencontrée dans le passé mais en l’occurrence, lorsque notre décision a été prise, rien ne s’opposait à la projection du film au Festival.

Nous n’avons donc pas agi à la légère ni opéré le moindre « passage en force », comme M. Juan Branco le dit à la presse. Le « passage en force », chacun sait dans notre métier que cela a toujours été la méthode favorite de M. Branco dont il faut rappeler qu’il organisa, il y a quelques années, une conférence de presse pour dénoncer le Festival de Cannes qui n’aurait pas tenu une « promesse de sélection » sur un de ses films. Accusation qui fit long feu, le Festival ne faisant pas des promesses de sélection : il sélectionne ou non. Aujourd’hui, M. Branco laisse son avocat procéder à des intimidations ainsi qu’à des affirmations diffamatoires aussi dérisoires que grotesques, dont l’une vise l’ancien Président d’une manifestation dont il s’est servi toute sa carrière pour établir sa propre réputation.

Le Festival de Cannes respectera la décision de justice à intervenir, quelle qu’elle soit, mais nous tenons à redire qu’il se tient du côté des cinéastes et en l’espèce du côté de Terry Gilliam dont on sait l’importance qu’a pour lui un projet qui a connu tant de vicissitudes. Provoquées une dernière fois par les agissements d’un producteur dont l’épisode fait définitivement tomber le masque et qui nous promet désormais, par la voix de son avocat, une « déshonorante défaite ».

La défaite serait de céder à la menace. Au moment où deux cinéastes invités en Sélection officielle sont assignés à résidence dans leurs propres pays, au moment où le film de Wanuri Kahiu, Rafiki, qui figure en Sélection officielle, vient de subir les foudres de la censure du Kenya, son pays de production, il est plus que jamais important de rappeler que les artistes ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les attaque. Cela a toujours été la tradition du Festival de Cannes, et cela le restera.

La projection en clôture du Festival est soumise à la décision que prendra le juge des référés à l’issue de l’audience du 7 mai prochain. La sortie du film en France reste pour l’instant programmée le samedi 19 mai, sur 300 copies.

C’est avec sérénité que le Festival de Cannes attendra la décision du Tribunal.

Cannes Affiche officielle 2018 © Maquette - Flore Maquin - Photo - Pierrot le fou © Georges Pierre

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