Cannes 2018 – Chronique #11 Lorsque Le Festival Ose

On 19/05/2018 by Nicolas Gilson

Au dernier jour de compétition, nous avons eu droit au pire comme au meilleur, et à l’ennui comme à la surexcitation. Le calendrier a voulu que nous découvrions le même jours les trois ajouts à la sélection initiale de 18 titres. Et s’il nous semble indéniable qu’il y en eut deux de trop, celui qui s’impose à nos yeux comme le choix le plus audacieux est certainement celui qui divise le plus, à savoir le sensationnel UN COUTEAU DANS LE COEUR de Yann Gonzalez. Un titre qui permet de conclure sur l’impression que cette 71 ème édition, malgré quelques fours, claque, ose et se renouvelle.

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UN COUTEAU DANS LE COEUR

Mélodrame lesbien niché dans l’univers du porno gay à bon marché, le second long-métrage du réalisateur français est sans conteste l’outsider de cette 71ème édition ; un objet aussi surprenant qu’envoutant. Nous projetant au crépuscules des années 1970, Yann Gonzalez célèbre une homosexualité libertaire, libérée et plurielle. Emancipés des dictats de la société d’alors, ses personnages sont néanmoins rattrapés par la réalité qui a pour masque celui d’un tueur en série. Frôlant la série B dont il s’approprie de nombreux codes, le réalisateur signe un film singulier truffé d’hommages et de références. Suranné et souvent très drôle, UN COUTEAU DANS LE COEUR n’en est pas moins troublant tant l’émotion qui submerge les personnages nous happe en plein coeur. Epinglons la bande-originale de M83 qui offre au film un note envoutante et un casting riche de surprises (Pierre Emö, Jacques Nolot, Félix Maritaud, Romane Bohringer, Elina Löwensohn ou encore Bertrand Mandico) emporté par Vanessa Paradis, Nicolas Maury et kate Mran.

AYKA Sergey DVORTSEVOY

AYKA

Propulsé lui aussi pour la première fois en Compétition (mais ayant déjà eu les honneurs du Certain Regard dot il remportant le Prix en 2008 pour TULPAN), Sergei Dvortsevoy nous plonge avec AYKA dans l’âpreté du quotidien de sa protagoniste tandis qu’elle cherche coûte que coûte à travailler pour éponger une dette due. La cousine Kirghizes de Rosetta immigrée illégale en Russie a une barque chargée : alors qu’elle vient d’accoucher, elle s’enfuit de l’hôpital pour terminer un travail dans l’espoir d’être payée… Mais alors que tout se complique fatalement elle est amenée à faire face à sa situation. L’approche est hyper réaliste, l’interpértation stupéfiante tant l’énergie (ou l’épuisement) du personnage est palpable. La rumeur n’a cessé de dire que le montage du film était toujours en cours jusqu’à laissé sous-entendre que la copie présentée est inachevée… Et autant dire que quelques grossières erreurs narratives et quelques appuis semblent donner raison aux mauvaises langues.

LE POIRIER SAUVAGE

Après la Palme d’Or pour WINTER SLEEP (2014) et le Grand Prix pour IL ETAIT UNE FOIS EN ANATOLIE (2011), Nuri Bilge Ceylan faisait sur papier partie des favoris de la Compétition. Mais afin de ne pas manquer de courtoisie disons qu’il nous aura perdu dans les pensées dans lesquelles se perd son protagoniste qui creusant un puits sembler creuser sa tombe.

AHLAT AGACI Nuri Bilge CEYLAN

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