Cannes 2018 – #07 Tomber En Amours

On 15/05/2018 by Nicolas Gilson

Le petit marathon du jour nous a emporté du Japon en Inde et de France en Belgique (la célébration du cinéma belge) avant de nous propulser dans un village italien épargné par le temps et la réalité, bientôt lui-même propulsé dans notre réalité contemporaine. La journée fut-elle longue qu’elle s’est terminée en apothéose ! Après 7 jours de festival nous avons pleinement trouvé LE film de cette édition tant nous en sortons éblouis voire hypnotisés, ravis malgré l’effroi dans lequel il nous a placés, enchantés par la proposition de cinéma et la magie dont la réalisatrice nourrit son approche. Gageons que LAZZARO FELICE et Alice Rorhwacher seront au palmarès !

shoplifters

Côté compétition, deux grands noms agitaient la Croisette : d’une art Hirokazu Kore-eda avec SHOPLIFTERS et de l’autre Spike Lee avec BLACKKKLANSMAN. Le premier nous a laissé assez séduits, on a raté le second (ce sera pour la reprise ). Marquant le retour en compétition du réalisateur japonnais, SHOPLIFTERS questionne les thématiques phares du réalisateurs et principalement la notion de famille : Est-elle celle du sang ou celle que l’on se crée ? Le film divise : chef d’oeuvre aux yeux de ceux qui regrettent que le cinéaste ne soit toujours pas palmé, mineur pour d’autres (dont nous). Une chose est par contre sûre, le film est habilement mis en scène, servi par un brillant casting au sein duquel, comme tjours chez Kore-Eda, les enfants excellent.

D’enfance il en sera question dans LES CHATOUILLES d’Andrea Bescond et Eric Metayer à mesure que la réalisatrice/actrice/auteure fera l’introspection d’une naïveté bafouée, d’un viol tu dont elle ose crier la violence. Adaptation de son seule en scène, ce premier long-métrage foudroie littéralement. Riche d’une mise en scène laissant une place à l’imaginaire et à la réappropriation de la réalité comme du souvenir, le film témoigne d’une force vive où le rire essuie les larmes et les sourires apaise un coeur qui ne cesse de saigner. Karin Viard y est détestable tant elle y est formidable.

Les Chatouilles

Anecdotique, SIR, présenté à la Semaine de la Critique atteste d’un fossé assez marqué quant à la notion de distanciation. Surjoué et surécrit à nous yeux, le film aborde néanmoins le sujet intéressant de la différence de classe (mais également de castes) sous l’angle de l’accomplissement de soi et de l’amour. Un peu cousu de fil blanc, mais toute de même bien ficelé.

Et puisque nous avons terminé la journée sur LAZZARO FELICE, nous terminerons ce papier en le louant. Sensationnel, le film irradie dès son ouverture par la couleur et l’atmosphère qu’Alice Rohrwacher parvient admirablement à mettre en place. Impressionnant sur pellicule ses personnages autant que le décor où ils évoluent, elle transcende magistralement le temps et l’espace offrant à son récit fabuleux une emprunte à la fois réaliste et magique. Fantastique parabole, le scénario initie un voyage vers l’époque révolue de la servitude qui, pourtant, se voudra anachronique avant de tendre au fantastique en initiant un basculement vers une réalité contemporaine. Une saisissante aventure que la réalisatrice italienne construit autour de la figure centrale de Lazzaro, l’incarnation angélique de la bonté, dont la naïveté, toute humaniste, est paradoxalement garante du bonheur annoncé par le titre autant que d’une chute vertigineuse vers les abimes du genre humain. Ce faisant, loin de simplement dresser un constat fataliste, la cinéaste parvient à remettre en question l’adage selon lequel l’homme serait un loup pour l’homme. Aussi virulente puisse-t-elle être, la fable compte quelque chose de merveilleux qui illumine notre regard.

lazzaro

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