Cannes 2018 – #06 Leurs Batailles

On 14/05/2018 by Nicolas Gilson

Après le dépaysement proposé par Asghar Farhadi en ouverture avec TODOS LO SABEN, cette sélection cannoise nous invite, sous le regard de Jafar Panahi au fil de 3 FACES, à un voyage dans les montagnes reculées de Nord-Ouest de l’Iran où traditions et rumeurs conditionnent la réalité d’un petit village. Et de voyage, il en fut question tout au long de cette journée avec le troublant WELDI du Tunisien Mohamed Ben Attia (Quinzaine), le très réussi NOS BATAILLES de notre franco-compatriote Guillaume Senez (Semaine de la critique) ou encore, dans une toute autre catégorie, LE GRAND BAIN de Gilles Lelouche (Hors-Compétition). Ce sera également la journée des frustrations puisque nous avons raté la projection de LAZZARO FELICE de Alice Rorhwacher, celle de 2001 : A SPACE ODYSSEY et aussi celle(s) de CLIMAX de Gaspar Noe. Mais nous avons un ticket pour le film de la réalisarice italienne demain, aussi nous demeurons en joie !

3 Faces - Trois visages

« Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale. » Après PARDE (2013) et TAXI (Taxi Teheran, 2015) présentés en Compétition à Berlin, c’est la première sélection en Compétition à Cannes du réalisateur qui n’a plus eu le droit de quitter l’Iran depuis 2010 et dont THIS IS NOT A FILM fut présenté à Cannes en séance spéciale en 2011 en son absence. Au film de 3 FACES, il questionne la complexité et les contradictions de son pays, divisé entre tradition et modernité. Un film éclairant qui parvient à mettre en lumière la singularité d’une situation trouble et l’universalité à laquelle elle tend.

Si nous avons manqué une coproduction belge en nous retrouvant dans l’impossibilité de découvrir CLIMAX – le film potentiellement événement de cette édition tant il divise ceux et celles qui l’ont vu entre chef d’oeuvre fascinant et grand n’importe quoi vainement choquant – la pluralité et la richesse de la production belge était aujourdh’ui en fête avec de toutes parts avec WELDI, LE GRAND BAIN et NOS BATAILLES.

WELDI

La dernière Quinzaine d’Edouard Waintrop laisse-t-elle sur papier certains perplexes (mais est-ce que cela n’a pas été le cas depuis qu’il décrocha son poste ?) qu’il a réussi quelques beaux coups stratégiques à l’instar de la présentation du film de Gaspar Noe a été le sujet de la rumeur sur toute la Croisette. Autant dire que ceux qui y étaient se sont trouvé le malin plaisir d’en faire l’événement en contant à quel point la troupe de danseurs était génialissicme sur scène – et ce qu’importe ce qu’ils ont penser du film et s’empressent de clamer voire déclamer sans que l’on ne leur demande. Pas de marée humaine comme lrs de la projection de LOVE il y a quelques années, mais une chose est sûre : Noe fait partie de l’ADN cannois. Un sortie belge est à espérer, mais pour l’heure elle n’est que peu certaine.

Ce n’est pas le casdu film de Mohamed Ben Attia, lui aussi présenté à la Quinzaine, qui a trouvé un distributeur sur scénario après le touchant HEDI (son premier long doublement primé à Berlin). Après avoir dépeint le portrait d’un jeune homme en quête de lui-même et d’indépendance, le réalisateur questionne ici la vie d’un homme mur qui, arrivé à la retraite, cherche malgré lui un sens à sa vie. Père d’un adolescent tant désiré et époux d’une femme qui tend à plus de liberté et d’autonomie, il doit faire face à une soudaine solitude qui sera renforcé par la disparition soudaine d’un fils qui se fantasmait malade… Abordant de manière intelligemment distancée la réalité trouble des départs pour le djihad, Mohamed Ben Attia tend à un récit universel d’une rare délicatesse et dont le réel sujet demeure la quête d’équilibre d’un homme « banal ». Mais la banalité, commune, ne l’est-elle pas moins qu’elle ne parait ?

nos-batailles

Autre piste « banale », l ’assouvissement d’un homme au travail tout en luttant pour l’espoir d’une situation meilleure. Avec NOS BATAILLES, Guillaume Senez photographie le quotidien d’un syndicaliste père de famille dont la vie bascule également à cause d’une disparition. Ce sera ici sa femme mais aussi un collègue qui, différemment, se meurent dans un quotidien où il étouffent sans parvenir à trouver les mots ; sans parvenir à dire ce qu’ils ne parviennent pas à entendre. Si la thématique peut sembler sombre, l’approche est lumineuse. Le réalisateur parvient tout d’abord à saisir la réalité de l’univers professionnel où s’inscrit le récit qu’il développe avant de transcender littéralement le quotidien d’une famille au coeur de laquelle la mère (formidable Lucie Debay) suffoque derrière le masque d’un amour sincère. Offrant à Romain Duris un rôle d’une belle complexité, le réalisateur signe un film puissant et savamment léger. Nos yeux s’embrument-ils ponctuellement que la joie (de vivre) s’impose.

Sinon, plus anecdotique même si trouvera un large public, LE GRAND BAIN semble avoir ravi la presse étrangère. Malgré un riche casting nous sommes restés dubitatifs. Mais peut-être est-ce simplement la présence d’une comédie grand public en sélection officielle : le plaisir d’être critique pour être critique.

Le Grand Bain

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