Cannes 2018 – #03 Rire, Pleurer Et Sourire

On 11/05/2018 by Nicolas Gilson

S’il fallait, à travers les films découverts, résumer ce troisième jour de festival en un mot ce serait peut-être celui, trouble et non traduisible, de queer. Il est en tout cas un trait commun entre chacun des films vus. Il parsème le troublant LETO de Kirill Serebrennikov, nourrit les personnages en quête d’eux-même et d’amour dans PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE de Christophe Honoré, se veut féministe et revendicateur chez Antoine Desrogières dans A GENOUX LES GARS, absolu dans GRÄNS de Ali Abbasi et constitutif à la structure même de PETRA de Jaime Rosales.

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En compétition officielle, la projection de LETO fut marquée par l’absence du réalisateur, Kirill Serebrennikov, assigné à résidence et interdit de toute communication téléphonique comme d’accès à Internet. Impossible de ne pas voir au coeur de ce film mettant en scène la Révolution rock dans la Russie du début des années 1980 celle à laquelle les contemporains pourraient prendre part. Les amateurs du genre musical y reconnaîtront les références et les figures dont le cinéaste dépeint un portrait libre bien qu’inspiré des mémoires de Natalya Naumenko. Les autres – comme les premiers – prendront plaisir devant un film riche de son énergie, de sa liberté et de ses fantasmes aussi.

Retrouvant la compétition où il avait défendu LES CHANSONS D’AMOUR en 2007, Christophe Honoré y présente un film d’une rare sensibilité qui semble être sa réalisation la plus personnelle. Nous propulsant en 1993, il nous plonge dans la réalité d’une époque vécue par deux générations qu’il réunit dans une pulsion amoureuse qui se révèle être une passion aussi folle que contenue. A la finesse de l’écriture répond une mise en scène envoutante au coeur de laquelle réalisme et onirisme s’épousent avec délicatesse. Rire, pleurer et sourire beaucoup. La critique : CLIQUEZ ICI

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Un Regard Engagé

A genoux les gars - sextape

Du côté du Certain Regard, nous avons ri de manière diverse, libre et quelque fois honteuse, devant A GENOUX LES GARS d’Antoine Desrogières. S’ouvrant sur la complicité entre deux soeurs qui dialoguent, entre petits mensonges et grande naïveté, sur leurs flirts et leur potentielle sexualité, le film glisse rapidement vers le sujet plus grave de la « contrainte sexuelle », mais aussi de l’affirmation de soi et de l’appropriation de son corps et de son désir. Foncièrement contemporain, avec comme moteur narratif un chantage à la captation vidéo avec un smartphone, A GENOUX LES GARS renvoie à l’universalité de tout combat féministe en recourant notamment à une série de chansons Yé-Yé qui ponctuent le films et font écho à une réalité commune malgré les années écoulées. Les droits acquis le sont-ils vraiment ? Les combats d’hier ne sont-ils pas ceux d’aujourd’hui ? Mais le plus grand plaisir (voire bonheur) est de se poser mille et une question en kiffant sa race.

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Petite pépite basculant inexorablement vers le film de genre, GRÄNS est un curieux objet. Ali Abbasi y met en scène une douanière à l’efficacité redoutable qui détecte le moindre fraudeur grâce à un odorat extraordinaire (qui lui permet de ressentir la culpabilité des gens) qui sera perturbée lorsqu’elle fera face à un homme dont l’apparence est très similaire à la sienne… Le film est proprement sensitif. Une expérience en soi.

Enfin, c’est séduits que nous avons quitté la seule projection de la Quinzaine des réalisateurs à laquelle nous pouvions nous rendre. Au fil de chapitres qui se répondent en marge de leur chronologie, PETRA nous envoute autant qu’il nous surprend. Il devrait sortir en Belgique. Vivement.

 

Petra_Quinzaine

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