Cannes 2018 - #02 Des Films Qui Claquent

On 10/05/2018 by Nicolas Gilson

Après une mise en bouche nous permettant de savourer presque trop pleinement l’ouverture et nous invitant à relativiser le temps, c’est dans l’empressement le plus complet que nous enchainons les projections curieux d’enfin prendre elle pouls de cette édition. Et si du côté de la Compétition Officielle cette deuxième journée nous nous a offert que la possibilité de découvrir YOMEDINE, l’excitation fut de mise avec les ouvertures du Certain Regard et des sections parallèles où nous avons vu deux (très) grands films : PAJEROS DE VERANO de Cristina Gallego et Ciro Guerra à la Quinzaine de Réalisateurs et WILDLIFE de Paul Dans à la Semaine de la Critique.

Yommedine

En Sélection Officielle

Premier long-métrage de Abu Bakr Shawky, YOMEDDINE nous fond à l’énergie de deux personnages qui quittent une léproserie et traversent l’Egypte e quête d leur famille et de leur identité. Issu du documentaire, le réalisateur signe un film sans misérabilisme afin de nous conter un récit (un peu trop) fabuleux tout en transcendant l’émotion de comédiens qui se livrent littéralement à lui. Impossible de ne pas être touchés par les destins des personnages et les vies qu’ils évoquent. Nous pouvons toutefois regretter une approche un peu trop appuyée et romanesque.

Ouvrant le Certain Regard, Sergei Loznitsa nous étourdit littéralement avec DONBASS dont on comprend le sarcasme, mais qui semble aussi juste qu’ambivalent. Le réalisateur ukrainien nous emporte ne zone de conflit où rien n’et très clair en additionnant une série de séquence d’abord réalistes et de plus en plus absurdes sans pour autant jamais perdre leur véracité. Il nous plonge au coeur d’une expérience singulière qui vire lentement au cauchemar. Mais le rêve n’est pas une échappatoire, il est au contraire une réalité qui surpasse la fiction. Le film est teinté d’humour, mis en scène avec panache et servi d’un casting magistral. certaines séquences conduisent-elles à l’épuisement (le nôtre comme le leur) que c’en devient fascinant. Proposant une ouverture moquant avec habilité la notion de mise en abyme, le cinéaste referme le livre d’une histoire en devenir sur un plan séquence dont l’ouverture est glaçante. Bravo.

donbass

L’autre titre à découvrir au Certain Regard est à la fois beaucoup plus consensuel – d’un point de vue purement cinématographique
- et tout aussi politique. Premier film kenyan ouvertement lesbien RAFIKI se trouve être interdit au Kenya avant même d’avoir été montré (et donc vu), autant dire que défendre les questionnements qui y prennent place est un réel combat pour Wanuri Kahiu. On épinglera l’énergie des comédiennes.

rafiki

En parallèle

Nous avons été subjugués par PAJAROS DES VERANO qui a ouvert la Quinzaine des Réalisateurs. Ne cessant de moduler l’approche au rythme de l’évolution des personnages et des choix de vie qu’ils font, le film passe d’un genre à l’autre tout en étant une fable magistrale. Derrière l’idée originale comme derrière la caméra, nous retrouvons Ciro Guerra (à qui l’on doit le mirifique EL ABRAZIO DEL SERPIENTE) et découvrons Cristina Gallego (reconnue jusqu’ici pour son travail de productrice). Ils parviennent à mettre en scène sous forme de thriller à l’énergie sans cesse revolée le basculement qui s’est opéré en Colombie entre la culture indigène et une occidentalisation capitaliste fulgurante… ou comment le trafic de drogue a gangréné la Colombie. Les personnages sont d’une force incroyable. L’approche esthétique tient du sublime tend elle se veut sensorielle.

birdsofpassage

Autre choc esthétique : WILDLIFE qui ouvrait la Semaine de la Critique. Adaptant le roman de Richard Ford avec la complicité de Zoé Kazan, Paul Dans signe un premier long-métrage d’une rare sensibilité. Véritable manifeste féministe qui s’ignore, le film se construit à la hauteur de regard du personnage principal, un jeune adolescent qui est le témoin silencieux de la dissolution du couple formé ar ses parents et au-delà de l’institution du mariage. Plongés à l’aube des années 1960, bien que nous ayons sur la situation un recul que le protagoniste est incapable d’avoir, nous partageons entièrement ses inquiétudes et son angoisse grandissante alors qu’ailes incapable d’y mettre des mots. Nous découvrons sans juger la fuite d’un père et celle, plus difficile mais nécessaire, d’une mère qui deviennent des archétypes d’une richesse universelle. Une claque qui nous effleure néanmoins la joue avec la délicatesse d’une dernier baiser tant il émane de l’ensemble une chaleur emplie de mélancolie sans être dépourvue d’espoir.

wildlife

 

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