Cannes 2016 : Survol de la Compétition

On 22/05/2016 by Nicolas Gilson

Inauguré par la projection hors-compétition de CAFE SOCIETY de Woody Allen, la 69 ème édition du Festival de Cannes aura vu 21 films concourir pour la Palme d’Or. Une sélection multiple, proposant quelques petites pépites mais aussi une kyrielle de films décevants, irritants ou franchement nullissimes. Retour sur la Compétition.

Au premier jour, les plus belles surprises : avec SIERANEVADA, Cristi Puiu met d’entrée de jeu la barre très haut tandis qu’Alain Guiraudie ne nous offre rien de moins que le meilleur film du Festival avec RESTER VERTICAL. Le premier nous plonge dans la réalité roumaine contemporaine et ouvre, sous le prétexte d’un repas de famille, un dialogue entre les époques, laissant la grande Histoire pénétrer les sphères individuelles et l’alcool délier les langues. Apres L’INCONNU DU LAC, Guiraudie nous emporte dans un décor réaliste pour s’ouvrir à l’onirisme au film d’une histoire d’amour plurielle au cœur de laquelle la sexualité est plus que jamais un transport merveilleux. Il nous offre surtout, au-delà d’une envoûtante mise en abîme, une métaphore aussi pertinente qu’universelle. Tous deux sont en lice pour la première fois en Compétition Officielle.

Rester Vertical

Le lendemain, Bruno Dumont réinvente complètement son cinéma avec MA LOUTE, l’un des films le plus audacieux – si pas le plus audacieux – de la sélection. A travers une farce savoureuse, il dresse une critique pertinente du devenir sociétal, en se moquant savamment de la consanguinité de la bourgeoisie tout en intégrant de manière très pertinente l’anthropophagie dans son récit. Au-delà, mettre en perspective l’évolution de son cinéma – des plus contrastante face aux frères Dardenne dont on découvrira bientôt LA FILLE INCONNUE – fait proprement plaisir à voir. La même journée, nous subirons le Ken Loach avec I, DANIEL BLAKE, un pamphlet trop virulent au point de sombrer dans le misérabilisme. Provoque-t-il notre exaspération qu’il conduit le public au larmes. Palmarès assuré sans être mérité.

Le week-end s’entame avec TONI ERDMANN, une étrange bombe qui rend la critique unanime, et l’irritant MADEMOISELLE (Agassi) de Park Chan-Wook dont al représentation du lesbianisme frôle le ridicule et se veut outrancière. Il continuera avec le trop long AMERICAN HONEY d’Andrea Arnold, un film d’abord magique qui ne cessera de s’épuiser au fil de ses 162 minutes… Nicole Garcia proposera avec MAL DE PIERRES un film intensément romanesque dans lequel Marion Cotillard est éblouissante (oui oui).

En début de semaine, Jeff Nichols nous décevra avec LOVING tant son approche est distanciée. Il en sera de même pour Pedro Almodovar avec JULIETA. Olivier Assayas nous surprend-t-il avec un film de fantômes que nous demeurerons interdits voire franchement déçus devant son PERSONAL SHOPPER. Sans doute trop long, AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho sera l’un des plus belles surprises de cette édition avec un final des plus excitant. Jim Jarmush nous offre l’infinité des possibles avec une page blanche nommée PATERSON, à la fois burlesque et poétique le film demande à être revu dans un cadre plus intime que le Grand Théâtre Lumière. Passons sur MA’ROSA de Brillante Mendoza qui nous a tellement fait mal aux yeux et aux oreilles que nous avons quitté la salle.

toni-erdmann-cannes2016

Les frères Dardenne provoqueront la moquerie des critiques français, le voyant perdus alors qu’ils retrouvent justement leur radicalité avec LA FILLE INCONNUE. Très attendu, JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan décevra les uns, les irritant pleinement, et séduira les autres sur bases d’arguments similaires qui réduisent la critique à sa subjectivité. Une chose est sûre, il signe un film radicalement oppressant et hystérique. Si Cristian Mungiu séduit avec son gentil BACALAUREAT, Nicolas Winding Refn témoignera de toute sa suffisance avec THE NEON DEMON. C’eut pu été le film que nous aurions désiré ne jamais voir. Mais son caractère honteux sera gommé par la présentation le même jour de THE LAST FACE de Sean Penn. Un objet tellement immonde que la seule solution fut pour nous de quitter la salle, de nous enfuir dès lors que l’exotisme l’emportait sur un sujet pourtant capital. Aborder les conflits en Siera Leone sur fond d’histoire romantique balourde en sublimant Charlize Theron n’a rien que de pitoyable.

Enfin, l’ultime jour de projection fut des plus plaisant. Il marque tout à la fois le grand retour de Paul Verhoeven avec ELLE (dans lequel Isabelle Huppert excelle) et celui d’Asghar Farhadi qui avec LE CLIENT signe un film intelligent qui au fil de son scénario habile questionne la notion même de moralité et renvoie l’Iran, comme chacun, face au miroir du jugement.

Elle-Isabelle_huppert_cannes-2016

Notre Palmarès idéal

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