Critique : Camille Claudel 1915

On 20/01/2014 by Nicolas Gilson

Un intertitre pose le contexte qui se résume simplement : Camille Claudel est depuis 1913 enfermée dans un asile d’aliénés situé en Avignon. CAMILLE CLAUDEL 1915 est le portrait croisé de l’artiste, de sa situation et du regard que porte sur elle son frère tant aimé. Bruno Dumont signe un film fort et intense, bien que âpre et sans concession.

Camille Claudel 1915 - Juliette Binoche

« On fait de moi ce qu’on veut. »

Sur base des écrits et de la correspondance de Paul Claudel, des lettres de Camille et des rapports médicaux, l’auteur compose un scénario en plusieurs mouvements qui prend la forme de chroniques.
Il transcende ainsi la complexité psychologique de Camille Claudel à travers la ritualité. Les gestes et les situations, répondant à son épure naturaliste, font sens.

Il appréhende d’abord la personnalité de Camille à mesure qu’il dessine son quotidien. Isolée et craignant d’être empoisonnée, elle apparaît être une pensionnaire calme qui reste à distance des autres. Lorsqu’on lui annonce la visite prochaine de son frère Paul, une lumière s’éveille en elle. Si elle peut sembler lucide et autonome, Camille fait preuve d’un état dépressif qui la conduit aux larmes et au désespoir. L’importance de la figure de Paul, son frère, s’impose dans la confrontation à sa pensée : lui qui ne se définit alors plus que par rapport au christianisme, témoigne d’un phrasé et d’une réflexion qui induisent une distanciation asseyant sa froideur d’âme. La rencontre entre Paul et sa soeur, tant attendue par cette dernière, condense toute la complexité de la situation et exacerbe le trouble qui secoue Camille.

Camille Claudel 1915

Chaque séquence est vectrice de sens, chaque scène nourrit le tableau mis en place. L’approche esthétique tout en se modulant en fonction des mouvements induit par le scénario tient de l’épure. Une apparente fixité sert de cadre à une superbe approche photographique qui impressionne les éléments mis en place. Les mouvements ou les ruptures sont presque rhétoriques et participent tantôt à la caractérisation des protagonistes (à l’instar de la rencontre avec Paul Claudel) tantôt à l’exacerbation de leur ressenti. Bruno Dumont maitrise ainsi parfaitement les changements de valeur de plan.

Juliette Binoche, qui transcende toute dimension narrative, partage notamment l’affiche avec des résidents et des infirmières de l’hôpital psychiatrique qui sert de décor. Cette incursion du réel au coeur de la fiction engendre de nombreux troubles qui, bien au-delà de la fausseté de quelques répliques, tiennent de la sublimation du lieu et des états. En filmant ces personnages « hors-normes » Bruno Dumont devient poète et tend à la fascination.

CAMILLE CLAUDEL 1915
♥♥♥
Réalisation : Bruno DUMONT
France – 2011 – 97 min
Distribution : Remain In Light – Filmfreak
Drame / Biopic

Berlinale 2013 – Compétition Officielle
Brussels Film Festival 2013 – CompétitionCamille-Claudel-1915-Bruno-Dumont.jpg

Mise en ligne initiale le 13/02/2013

Camille Claudel 1915 - Bruno Dumont - Affiche

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