Café de Flore

On 26/01/2012 by Nicolas Gilson

Avec CAFE DE FLORE, l’auteur de C.R.A.Z.Y. se fait plaisir en orchestrant un film musical qui voyage entre les époques et les sentiments. Deux histoires se confrontent avant de se confondre. Il y a d’une part celle d’Antoine qui a tout pour être heureux, de l’autre celle de Laurent « un garçon qui n’a pas tout pour être heureux mais qui ne possède pas assez de lucidité pour s’en rendre compte ». Deux histoires fortes, passionnelles. Deux histoires qui n’en forment qu’une.

PRISE EN OTAGE PARADOXALE

Ce sont deux histoire d’amour qui prennent place à deux époques et en deux lieux différents. En 2011, Antoine, en couple avec Rose, vit à Montréal. Il est DJ et a deux filles qu’il a eu avec son amour d’enfance, Carole. Dans le Paris populaire de 1969, Laurent est un jeune garçon trisomique qui reçoit de sa mère, Jacqueline, un amour chaleureux au point d’être fusionnel. Plusieurs éléments unissent ces récits : la dramaturgie à travers la passion et un jeu de miroir, une voix-over introductive qui se veut discrète mais qui ancre l’hypothèse du conte et, de manière imposante, la musique.

Plus encore que dans C.R.A.Z.Y. celle-ci est sublimée. A côté de la composition (plurielle) qui donne son titre au film, ce sont les Pink Floyd, Sidur Ros ou encore The Cure qui insufflent un ton à un film cependant inabouti. Car si, à l’instar de son protagoniste, Jean-Marc Vallée semble « aime(r) ça, couper le son : ça donne plus de punch à ce qui s’en vient », il impose son regard comme dictateur sans nous permettre de nous approprier les sentiments qu’il met en scène, de partager les sensations ressenties par ses protagonistes. Car de coupures il est sans cesse question : le soin accordé au montage est indéniable mais proprement bancal tant CAFE DE FLORE impose un regard unique, apparent et absolu, et dès lors, paradoxalement, nous apparaît comme extérieur et impersonnel tant Jean-Marc Vallée veut tout maîtriser.

Malgré un sujet fort et une judicieuse idée d’entrelacs, l’écriture du film ne fonctionne pas. Est-ce dû au montage ou au scénario initial, sans doute aux deux. CAFE DE FLORE joue de mises en condition en oubliant en cours de route certains éléments, en évoluant ponctuellement vers la pure démonstration – qui se retrouve dans une mise en scène tantôt riche, tantôt bien pauvre. Des zones d’ombre planent avant de trouver un sens mais en nous laissant systématiquement à distance alors que nous crèverions d’être emportés et déchirés.

CAFE DE FLORE

Réalisation : Jean-Marc VALLEE
Canada / France – 2011 – 129 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

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