Critique : Bureau de Chômage

On 06/12/2015 by Nicolas Gilson

Pourrait-il paraître rébarbatif que le titre du documentaire de Charlotte Grégoire et Anne Schiltz est judicieusement choisi tant il condense en l’évocation d’un espace la réalité d’un système aussi kafkaïen que rationnel. Portant leur attention – et dès lors la nôtre – sur les contrôles exercés par l’ONEM, les réalisatrices posent à égalité facilitateurs et chômeurs. Au fur et à mesure qu’elles photographient des situations multiples et néanmoins communes, elles transcendent la caractère vertigineux que revêt tout BUREAU DE CHÔMAGE.

Bureau de chomage

D’entrée de jeu nous sommes confrontés à un entretien. Un homme répond aux questions d’une employée de l’organisme fédéral qui valide et encode une à une les informations échangées. Tandis que la procédure se dessine les possibilités de sanction, qui en sont une des finalité, apparaissent. Employé au singulier, le « bureau » auquel nous convoquent les réalisatrices n’en est pas moins pluriel comme en témoignent les visages de la salle d’attente et le brouhaha discret du ballet des convocations.

Le procédé parait-il simple qu’il relève d’une réelle gageure : filmer une séries d’entretiens qui sont autant de mises à nus, sincères ou factices, lors desquels les chômeurs contrôlés risquent quelques fois de lourdes conséquences. S’agit-il d’appréhender des gens dans la réalité d’une situation souvent vécues comme honteuses que le défi se double d’une volonté d’objectivité, offrant aux « contrôleurs » une place égale à celle des « contrôlés ». Car ce qui intéresse Charlotte Grégoire et Anne Schiltz, c’est le système qui existe au-delà de la procédure et comment il est vécu et ressenti tant d’un côté que de l’autre d’un bureau – symbole d’une frontière devenue immatérielle.

Bureau de chomage - classeur

Alors que les entretiens s’enchainent – se mouvant en témoignages révélateurs de l’état de notre société –, le rôle du facilitateur gagne en consistance : considéré par certains comme le maillon d’un engrenage assassin, il fait preuve d’une patiente et d’une humanité quelques fois âprement mises à mal. Ne suivant ni les chômeurs ni les facilitateurs en dehors du cadre précis où à lieu un entretien « ordinaire », l’une des forces du film est enfin de retrouver quelques employés de l’ONEM dans leur « routine » car c’est justement là l’enjeu qui attise la curiosité des réalisatrices.

Celles-ci sélectionnent avec soin les échanges afin d’assurer la pluralité des situations qui doivent pourtant toutes être envisagées selon une grille des plus schématique voire systémique. Proprement humaniste tant elle se veut respectueuse, la démarche n’épargne pas pour autant les fraudeurs, plus ou (et) moins habiles. La subjectivité sera nôtre. L’habilité du montage, tant visuel que sonore, offre quelques respirations nécessaires qui n’en sont pas moins monstrueuse dans la mesure où elles laissent transparaître le puits sans fond que serait la salle d’attente, figuration de l’échec d’une politique économique et sociale dont la répression ne serait en rien la clé.

BUREAU DE CHÔMAGE
♥♥♥
Réalisation : Charlotte Grégoire & Anne Schiltz
Belgique – 2015 – 75 min
Distribution : Cinéart
Documentaire

FIFF 2015 – Regards du Présent
FATP 2015 – Compétition Long-métrages belges

Bureau de Chomage - affiche

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