Bright Star

On 08/12/2009 by Nicolas Gilson

Jane Campion par sa filmographie n’a de cesse d’interroger la place de la femme dans la société au travers des âges et des époques. Un questionnement manifeste au sein de BRIGHT STAR où la réalisatrice appréhende une «grande histoire d’amour» du 19ème Siècle : la relation impossible entre Fanny Brawne et le poète John Keats.

C’est au travers d’un geste empli de sens que Jane Campion nous présente son héroïne : en ouvrant le film sur la captation en très gros plan des mains de celle-ci appliquée à un ouvrage de couture, la réalisatrice nous propose de découvrir la femme dans un conditionnement gestuel. Un conditionnement qui apparaît toutefois à la jeune fille comme une possible échappatoire, comme un possible dépassement de son rôle de femme dépendante de l’homme – d’un point de vue financier et foncièrement social. Elle a conscience de son don pour la couture, de son goût et de ses qualités de modiste … et pourrait même gagner de l’argent ! Un fière possibilité d’indépendance dont elle se targue … en vain cependant car son rang et sa condition exigent d’elle qu’elle fasse un «bon mariage» – un mariage de raison, qui l’abriterait financièrement. Or elle tombe éperdument amoureuse d’un poète sans le sous : une relation socialement vouée à l’échec. L’amour prévaut ; ancre la mélancolie, flirte avec la déraison … et dépasse la tragédie.

S’il est question des limites passionnelles au respect de sa position dans une société normée qui répond à une âpre logique de codes, Jane Campion tend à nous démontrer qu’une femme amoureuse – animée de sentiments sincères, bruts, consumants – peut transcender cela : la passion est plus forte que tout, au-delà de la vie même.

Pourtant c’est avec une radicale austérité que la réalisatrice aborde son sujet. Une étouffante froideur qui domine à la fois l’écriture et la mise en scène. Alors que l’amour consume son héroïne, Jane Campion appréhende cela de manière quasi médicale, distanciée, schématisée voire codée. Certes la photographie est splendide, les décors et les costumes sont superbes … mais l’ensemble est dépourvu de sentiments ! Un paradoxe improbable qui empêche toute emphase et rend le film indigeste.

BRIGHT STAR
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Réalisation : Jane CAMPION
Australie/Grande-Bretagne – 2009 – 121 min
Distribution : Paradiso
Drame
EA

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