Critique : Bridge of Spies

On 01/12/2015 by Nicolas Gilson

Mettant en scène un scénario co-écrit par les frères Coen et Matt Charman, Steven Spielberg s’intéresse avec BRIDGE OF SPIES à l’affaire qui propulsa James Donovan dans le rôle de négociateur gouvernemental. Sur base d’une approche résolument classique, le réalisateur revisite un épisode de la guerre froide et questionne ce faisant les notions de patriotisme et de citoyenneté.

« Would it help ? »

A la fin des années 1950, Rudolf Abel (Mark Rylance) est arrêté pour faits d’espionnage. On confie à James Donovan (Tom Hanks), un avocat faisant partie d’un prestigieux bureau new-yorkais, de se charger de sa défense. Malgré la position délicate dans laquelle cela le plonge lui et sa famille, l’homme accepte la mission en prenant alors l’affaire à coeur. Si Rudolf Abel doit être jugé, il faut que le procès soit équitable. Une position qui aura pour conséquence l’opprobre au regard de l’opinion publique mais aussi, ensuite, l’invitation de la part de la CIA à prendre part à des négociations officieuses afin de faire libérer un espion américain.

Le pont des espions

Inspirés de faits réels et construits en deux axes (le procès et les négociations), le scénario réunit deux épisodes, intimement liés, de la vie de l’avocat. Afin de flirter avec quelque suspens, il dessine sans grande subtilité, les enjeux parallèles mettant en scène une nouvelle recrue de la CIA, Francis Gary Powers (Austin Stowell), et Frederic Pryor (Will Rogers), un américain étudiant l’économie à Berlin alors que le mur est en phase d’érection. Des enjeux pourtant évoqués dans le dialogue lorsqu’il sont découverts par James Donovan et dont le maigre développement n’a pour intérêt que d’offrir quelques scènes d’action et de romance plus clichées et artificielles les unes que les autres. Outre quelque apitoiement ou quelque moquerie, ces séquences permettent néanmoins de témoigner du caractère aujourd’hui grotesque de l’espionnage d’alors et d’asseoir le climat particulier dans lequel les négociations prennent place.

Bien qu’ouvrant le film sur l’arrestation de Rudolf Abel et malgré ces tableaux narratifs parallèles, Steven Spielberg tend à nous fondre au point de vue de James Donovan tout l’observant habilement. L’avocat est alors propulsé dans un rôle multiple digne d’un polar de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Si la crédibilité de Tom Hanks peut une nouvelle fois poser question, l’acteur joue clairement avec l’hypothèse classique que lui offre le réalisateur. BRIDGE OF SPIES nous plonge dans la représentation et nous demande de nous plier aux conventions et aux codes liés à cette dynamique. Orchestrée avec soin, jouant d’effets avec parcimonie, la partition est efficace.

La distance, toujours bienveillante, que porte le réalisateur sur son personnage lui permet de souligner le climat paranoïaque dans lequel les Etats-Unis étaient alors plongés. Une distanciation qui se double d’un certain sarcasme dans la caractérisation des personnages et l’écriture des dialogues, surannées à dessein – certainement la « patte » des frères Coen. Ainsi la caricature esquisse quelques élans humoristiques voire satiriques tandis que les personnages de Rudolf Abel, impassible, et les membres de la famille de James Donovan nourrissent une ligne narrative somme toute bien maigre.

Hormis le procès et ensuite la finalisation – sans réelle surprise malgré les tentatives scénaristiques renforcées par un jeu de montage parallèle – le film esquisse quelques enjeux sociétaux à l’instar de la propagande étatique et du conditionnement qui en résulte. La figure de Donovan permet de donner au divertissement une résonance apriori moralisante qui n’est autre qu’une ode aux libertés garanties par la Constitution de la « Mère Patrie »…

BRIDGE OF SPIES
Le pont des espions

Réalisation : Steven Spielberg
USA – 2015 – 135 min
Distribution : 20th Century Fox
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