Critique : Brabançonne

On 08/12/2014 by Nicolas Gilson

Avec d’une part un casting flamand apparemment gourmand d’un jeu manifeste et de l’autre un casting wallon plus nuancé emmené par un parisien, BRABANCONNE détonne mais n’emporte guère. Vendu comme une comédie musicale 100% belge, le film de Vincent Bal revisite quelques canons populaires du plat pays – autant de cartons francophones et flamands – avec humour mais peu de finesse. Les nombreux clichés mis en scène – comme autant d’aprioris – nourrissent-ils la critique pertinente d’un pays en crise identitaire que leur emploi ne conduit à rien de plus qu’une gentille et sirupeuse soupe sans réelle saveur. Bravo pour le défi.

Dupont Sainte Brabançonne

« Eh toi dis-moi que tu m’aimes »

Lors du concours national permettant de désigner l’harmonie qui représentera la Belgique à la finale de la compétition européenne, deux formations terminent à égalité. L’une est flamande, l’autre wallonne. Si toutes deux sont sélectionnées, la prestation du soliste wallon effraie les flamands d’autant plus que leur trompettiste s’est éteint sur scène en produisant un puissant et dernier souffle. Une idée nourrit néanmoins leurs espérances : démarcher le prodige wallon.

L’introduction pose le cadre d’une comédie musicale où prime la notion de comédie avec en arrière fond le conflit linguistique nourri des idées reçues alimentées par les Belges des deux côtés du rideau de betteraves. Si l’harmonie flamande « Sainte-Cécile » prend plus d’importance que les wallons de « En Avant » qui semblent vivre en parfaite autarcie, Vincent Bal concentre l’évolution narrative autour des figures de Elke (Amaryllis Uitterlinden) et de Hugues (Arthur Dupont) en esquissant presque fatalement une histoire d’amour… Si le récit n’est guère passionnant, tout comme la caractérisation caricaturale de l’ensemble des protagonistes, de nombreux « détails » font sens tout en étant malheureusement noyés dans une popote trop artificielle (et franchement peu crédible). Citons par exemple le sponsoring aveugle en Flandres au regard des wallons qui semblent vivre figés dans une époque révolue. Les uns et les autres en prennent pour leur grade. Néanmoins ce qui pourrait être délectable s’avère tout à la fois d’une balourdise incommensurable tout en ne jouissant pas d’un rythme endiablant.

brabançonne

Si l’écriture se ressent amèrement, les modulations tantôt humoristiques tantôt mélodramatiques donnent au film une tonalité trouble. À l’image de l’orchestration plate des parenthèses musicales et des prestations des harmonies, BRABANCONNE n’a guère de volume. L’approche est on ne peut plus affectée sans que le réalisateur ne semble s’en amuser. Dès lors les séquences chantées et chorégraphiées tombent à plat flirtant trop souvent avec le ridicule. De plus la cohérence de l’emploi des chansons posent question : celles-ci transcrivent le ressenti de certains protagonistes ou ancrent un dialogue, deux hypothèses contraires qui se coexistent quelques fois au sein d’une même séquence ou d’un même morceau…

Des morceaux qui revisitent la culture belge tout en ancrant une triste vérité : connaissons-nous seulement les incontournables flamands à l’instar de « Zo mooi, zo blond en zo alleen », un tube de Jimmy Frey délicatement interprété par Amaryllis Uitterlinden, qui ouvre le film (sans cohérence narrative, soulignons-le).

Aux nombreux appuis scénaristiques et à la mise en scène proprement artificielle, répond une interprétation grossière et caricaturale dont semblent s’émanciper les rôles principaux et Erika Sainte. Mais si Amaryllis Uitterlinden est une belle découverte pour les spectateurs francophones, Arthur Dupont, malgré son énergie, manque de crédibilité en tant que Wallon. Fable sans saveur, BRABANCONNE présente l’intérêt de faire rire… mais pas pour les bonnes raisons.

BRABANCONNE

Réalisation : Vincent Bal
Belgique – 2014 – 90 min
Distribution : Kinepolis
Comédie musicale

Le site du film : Cliquez ICI

Brabançonne - affiche

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