Critique : Boy A

On 07/03/2009 by Nicolas Gilson

Jack sort de prison alors qu’il y a passé toute son adolescence. Enfant Jack a tué une jeune fille ; un fait divers bien horrible qui a marqué l’Angleterre. Une chance s’offre à lui, celle d’un nouveau départ, celle d’une nouvelle vie. Il se doit de changer de nom et de se créer un passé. Un assistant social l’accompagne, Terry. Mais Jack a l’impression de tricher, de mentir… d’autant plus que la presse accorde un intérêt malsain à l’annonce de sa libération…

LORSQUE L’HUMANITE A DEUX VISAGES

Adapté du roman de Johathan Trigell, ce deuxième long métrage de John Crowley est impressionnant de justesse et de sincérité. Si l’émotion s’inscrit d’emblée et ne cesse de prendre place tant au sein du film que chez le spectateur c’est que le réalisateur a su insuffler une force perturbante qui fait de BOY A un film d’une rare intensité. Le roman s’efface laissant place au scénario.

John Crowley invite le spectateur à se fondre à l’identitaire du protagoniste principal, admirablement interprété par Andrew Gardfield. Dès l’ouverture du film il est invité à en appréhender la naïveté et la gentillesse de ce canard boiteux qui pense ne pas mériter la chance qui lui est offerte. Le spectateur découvre grâce à la mise en scène un jeune homme foncièrement humain. En fait, la justesse de la mise en scène est telle qu’elle permet d’esquisser chaque rencontre, chaque échange comme réellement intime.

La construction du film est très riche et elle permet au spectateur de rencontrer le protagoniste principal au coeur même de son désarroi. Pour permettre cela, parallèlement au récit linéaire, une série de flash-back fantasmés et cauchemardesques prennent place. Le passé du jeune homme le hante, il handicape ses jugements et son quotidien, il perturbe ses nuits. Le statut de ces séquences est hybride ce qui engendre une dualité intéressante : c’est au spectateur à leur donner sens, à les interpréter ; aussi il en devient aussi perturbé que le protagoniste.

John Crowley intègre également des renvois à différents médias, ce qui a un réel impact sur le spectateur alors qu’au niveau narratif cela désoriente le protagoniste. Mais au-delà il engendre, au travers de la syntaxe cinématographique mise en place, un questionnement sur le pouvoir, l’influence des média voire sur le dépassement de leur limite.

Le réalisateur témoigne d’une réelle maîtrise tant filmique que de mise en scène. Mais la qualité de la photographie, du jeu et du montage sont à souligner. La photographie du film est riche et plurielle, elle permet d’envisager à la fois le statut narratif des séquences et l’évolution psychologique des personnages. Le casting est simplement magique au point d’en oublier le caractère fictionnel du film. Et le montage engendre quant à lui la position active du spectateur. Même la musique est porteuse de sens : elle souligne admirablement l’atmosphère mise en place tout en renvoyant elle aussi à l’identitaire des protagonistes.

Boy A est un film d’une honnêteté rare. Il permet une réelle rencontre avec l’intimité et l’horreur, une rencontre humaine en somme.

BOY A
***
Réalisation : John CROWLEY
Grande-Bretagne – 2007 – 100 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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