Boven is het stil

On 16/07/2013 by Nicolas Gilson

En adaptant le roman de Gerbrand Bakker, Nanouk Léopold signe avec BOVEN IS HET STIL un film d’une grande sobriété et offre à Jeroen Willems un ultime rôle renversant. Toutefois, malgré une démarche sensible, la réalisatrice semble ne pas trouver la juste distance. En cause une écriture trop elliptique et une caméra trop présente.

Boven is het stil - Nanouk Leopold

Paysan célibataire d’une cinquantaine d’année, Helmer (Jeroen Willems) s’occupe seul de l’exploitation familiale et veille sur son père (Henri Garcin) en fin de vie. Il décide de mettre en place une série de changements et d’opérer plusieurs travaux dans l’habitation familiale afin de se l’approprier. Il relègue son père au grenier, déterminé à vivre, enfin, selon ses convictions. Mais, enfermé dans une routine et conditionné par son éducation, en est-il seulement capable ?

Nanouk Leopold signe un portrait pour le moins impressionniste dont le point est sans doute trop léger, trop ténu. Elle appréhende son personnage au coeur d’une crise qui consiste à briser la ritualité dans laquelle il est enfermé et à laquelle, malgré tout et malgré lui, il ne parvient pas à échapper. Toutefois, de cette ritualité, la réalisatrice ne livre que peu de chose tant elle opte pour une construction scénaristique emplie d’ellipses au sein de laquelle certaines situations et certains protagonistes (à l’instar du jeune apprenti) auraient gagnés à être développés.

Le temps, dès lors, s’évapore et bien que le rituel semble importer à Helmer (quitte à le briser) celui-ci s’inscrit de manière démonstrative. Cependant la personnalité de l’homme s’impose peu à peu, tout comme sa fragilité. Incapable de faire face à ses désirs, il apparaît bourru et fuit la relation à l’autre, aux autres. L’homme est fragile et se réfugie derrière une carapace qu’il aimerait ôter sans y parvenir. A travers les enjeux relationnels, Nanouk Leopold esquisse habilement la personnalité d’Helmer qui se révèle aux spectateurs au fil des interactions, de ses gestes et de ses silences.

BoevnIsHetStil

Si la relation au père est l’un des moteurs du film, elle établit le deuil nécessaire afin que Helmer puisse s’éveiller à lui-même. En l’enfermant au grenier, Helmer tue symboliquement son père et s’offre tant que faire se peut une naissance. Mais arrivé à la cinquantaine, est-il capable d’accepter les sentiments jusqu’ici refoulés. La réalisatrice met en scène le désir que l’homme refuse de s’avouer sans grande subtilité : elle semble alors le traquer, en exacerbant le jugement qu’il porte lui-même sur son désir, en posant sur lui un regard qui tout en transcendant sa fragilité apparaît le condamner.

Bien qu’elle témoigne d’une réelle épure esthétique, Nanouk Leopold signe une mise en scène trop appuyée dès lors que son regard apparaît comme omniprésent. Elle parvient néanmoins à rendre avec acuité la tension qui émeut ses protagonistes, résultant de leurs silences ou des désirs qu’ils taisent afin de ne pas y faire face. Si elle recourt à quelques parenthèses musicales, celles-ci servent autant de respiration que de ponctuation et donnent plus de volume et d’importance au(x) silence(s) à dessein exacerbé(s) par le travail du son.

L’interprétation de Jeroen Willens est époustouflante tant il parvient à sublimer la complexité qui (é)meut le personnage de Helmer. Il impose tout à la fois une terrifiante force et une cruelle fragilité.

Boven is het stil - affiche

BOVEN IS HET STIL

Réalisation : Nanouk LEOPOLD
Belgique / Pays-Bas – 2013 – 93 min
Distribution : Cinéart
Drame

Berlinale 2013 – Panorama

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