Bonobos

On 21/04/2011 by Nicolas Gilson

D’entrée de jeu BONOBOS abats ses cartes et la pauvreté des approches tant esthétique que narrative s’impose sans détour. Le documentaire n’en est pas un et Alain Tixier s’attèle à raconter une histoire un peu trop emblématique avec balourdise. Le destin des bonobos se fond à celui de l’un d’entre eux, Béni, qui se livre au spectateur – merci l’anthropomorphisation.

Derrière cet individu singulier c’est la réalité de toute une espèce – voire de l’ensemble des grands singes d’Afrique – qui est à découvrir. Les bonobos, qui en vivent qu’au Congo, sont en danger d’extinction à cause du trafic de viande de brousse. Et dans un pays ayant notamment subi plusieurs guerres, l’importance de la survie de l’espèce n’est pas une priorité. Des lois de préservation existent cependant et Claudine André travaille à les faire appliquer et recueille dans son sanctuaire les singes saisis. Le film d’Alain Tixier raconte cela du point de vue de Béni. De celui de Claudine André aussi. Car sur base d’une ligne scénaristique établissant les différentes étapes de la vie de cet individu bonobo – un récit emblématique éculé mais symbolique, Tixier croise les points de vue de la femme, passionnée et impliquée, et du singe.

D’emblée l’orchestration en voix over s’impose. D’abord Claudine André, à qui Sandrine Bonaire prête sa voix – un choix déroutant car comme Claudine André est présente dans le film, sa voix réelle engendre un contraste saisissant – qui s’adresse à Béni telle une mère à son enfant. Ensuite Béni qui se présente comme le héros du récit. Les directions verbales sont plurielles. Claudine André parle tantôt au singe, tantôt au spectateur. Béni s’adresse tant au spectateur qu’aux différents protagnistes qu’il rencontre – humains comme animaux. La voix-over est tantôt une expression dialogique, tantôt une pure réflexion. Son statut n’est jamais clair, jamais vraiment défini. Si elle est l’unique expressivité et se veut dictatoriale, elle part dans tous les sens…

Film documentaire ou docu-fiction, BONOBOS fait preuve d’une mise en scène appuyée et palpable. Cela rend sans doute les enjeux encore plus compréhensibles pour les plus petits mais manque de finesse pour les autres. Claudine André et son équipe jouent à être eux-même et cela ne fonctionne que bancalement. Tout est monstratif voire grossier.

Les renforts musicaux vont en ce sens : ils oscillent entre une pure mise en condition et une touche atmosphérique franchement pénible. Mais cela rend les choses encore plus intelligibles – ce qui ne fait qu’épaissir un trait déjà bien large.

Le plus dommage est l’impression de passer à côté d’un sujet car des bonobos le spectateur n’apprend pas grand chose. La question de leur sexualité, mère de leur socialisation, est expédiée derrière une formulation obscure : « câlins furtifs ». Ni la passion de Claudine André pour cet espèce de grand singe, qui s’entend tout au long du film et se lit dans son regard, ni la complicité forcée avec Béni ne suffisent à nourrir une curiosité pourtant stimulée.

BONOBOS
•/♥♥
Réalisation : Alain TIXIER
France – 2010 – 90 min
Distribution : Victory
Fiction documentaire
EA

INTERVIEW Claudine André : Cliquez ICI

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>