Critique : Bodybuilder

On 30/09/2014 by Nicolas Gilson

Après OMAR M’A TUER, Roschdy Zem est de retour à la réalisation avec BODYBUILDER une adaptation dont il co-signe à nouveau le scénario. Il met ainsi en scène la rencontre sur le tard entre un petit trafiquant de quartier et son père culturiste. Obtenant le meilleur de ses comédiens, il propose un portrait sensible dont la ligne narrative demeure toutefois superficielle.

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Antoine (Vincent Rottiers) s’est mis à dos les caïds du quartier. Las des emmerdes dans lesquelles ils les plongent, sa mère et son frère l’envoient chez son père, Vincent (Yolin François Gauvin) qu’il n’a plus vu depuis des années. Antoine découvre que son père s’est mis au culturisme et que sa passion est telle qu’il tient une salle de musculation. Vincent, qui se prépare pour le championnat de bodybuilding, tente de renouer avec un fils qu’il juge, à juste titre, fainéant et malhonnête.

Le film s’ouvre sur l’évocation d’une passion, celle d’Arnold Schwarzenegger pour le culturisme. En présentant les extraits d’un documentaire cultissime doublé en français, Roschdy Zem pose un élément de décor sur lequel il revient ensuite. Bien que décontextualisées, ces images offrent une clé à la compréhension du caractère de Vincent. Schwarzenegger est pour lui un demi dieu, un mentor. Il a fait sienne son hygiène de vie tandis que son propre corps est devenu sa religion.

Néanmoins, avant de découvrir Vincent, Antoine s’impose à nous alors qu’il est rattrapé par les conséquences de ses petits trafics. En une séquence d’action, les enjeux sont placés de même que sa personnalité. La lassitude de ses proches est évocatrices. Bientôt parachuté chez son père, Antoine est contraint de respecter les règles que celui-ci lui fixe car il n’a pas d’échappatoire. Toutefois, la rencontre n’est pas aussi aisée qu’il n’y paraît. Père et fils ont un fort caractère et doivent s’apprivoiser. Pour cela, ils doivent se faire confiance.

Bodybuilder - Marina Foïs

Vincent est « en période de sèche » lorsqu’Antoine débarque. Autant dire celle où il est franchement irascible – d’ailleurs sa petit amie (Marina Foïs) ne dira pas le contraire. Le scénario met habilement en place les enjeux et dépeint avec efficacité les personnalités de chacun des personnages. Il se construit en un mouvement de balancier quelque peu déséquilibré en s’intéressant au quotidien du père et de son fils. Si l’approche est réaliste – en s’intéressant intelligemment à la ritualité (ou son absence) des repas et des heures de sommeil – l’écriture esquisse des pistes narratives qui ne sont malheureusement pas (suffisamment) exploitées – à l’instar d’Antoine qui tente de remettre en place un nouveau trafic ou de sa rencontre avec une des culturistes de la salle. La relation entre Vincent et Antoine est-elle au centre de la représentation qu’elle n’engendre que peu de tension malgré un jeu de miroir (contraire) des plus évocateur – les « médicaments » de l’un n’étant pas uniquement les drogues de l’autre…

La réalisation manque cruellement de personnalité mais, malgré de grosses erreurs de raccords, est efficace. Toutefois il est indéniable que Roschdy Zem s’impose comme un remarquable directeur d’acteur. L’interprétation de chaque comédien – qu’il soit ou non professionnel – est admirable à l’instar de Marina Foïs, surprenante dans le rôle de la petite amie de Vincent. A noter qu’outre ses têtes d’affiche (Vincent Rottiers, François Yolin Gauvain, Nicolas Duvauchelle, Marina Foïs), le film propose une palette de talents (comme Dominique Reymond, Alice de Lencquesaing et Adel Bencherif) qu’il est d’ayant plus agréable de retrouver que les seconds rôles sont écrits avec soin.

Bodybuilder affiche

BODYBUILDER

Réalisation : Roschdy Zem
France – 2014 – 100 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique

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