Interview : Małgorzata Szumowska & Michal Englert (Body)

On 11/02/2015 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Małgorzata Szumowska avant la première de BODY présenté en Compétition à la 65 ème Berlinale. En fin d’interview, la réalisatrice avouera être fatiguée et ne dormir au mieux que quelques heures depuis plusieurs jours. Une fatigue qui l’a rend joueuse, prenant à parti son co-scénariste, par ailleurs directeur de la photographie du film, en l’invitant à répondre aux questions avant de se mettre à le filmer et de se mettre à rire. Tandis qu’elle s’amuse avec son iPhone, lui sort son Canon comme si l’un et l’autres jouaient avec des pistolets à eau.

Body © Jacek Drygała © Berlinale

Comment définiriez-vous BODY ?

Małgorzata Szumowska : C’est un drame combiné à un film de comédie noire. Il est pour moi réaliste de bout en bout car si on parle de fantôme, on n’en voit aucun.

Vous jouez donc avec le spectateur.

M.S. : Oui, définitivement on met en place un jeu avec le public. Je sais comment les gens considèrent ces sentiments… Beaucoup de personnes croient mais sont honteuses d’en parler et d’autres sont vraiment très pragmatiques. Nous avons donc ancré un jeu avec ces deux jauges de public.

Vous retrouvez à l’écriture Michal Englert, votre directeur photo.

M.S. : C’est la deuxième fois que nous écrivons ensemble après IN THE NAME OF. Mais nous nous sommes rencontré durant nos études et nous avions déjà travaillé ensemble sur le scénario de court-métrages. C’est déjà une collaboration de longue date. Je pense qu’on forme une sorte d’équipe idéale. On écrit ensemble du coup on sait exactement comment filmer ; je sais comment diriger les acteur et il sait où placer la caméra. C’est parfait. Parallèlement nous travaillons toujours avec le même monteur. C’est vraiment une équipe de rêve. Nous nous comprenons les uns les autres sans parler.

Le film présente quelques plans subjectifs assez surprenants, notamment la nourriture filmée en hauteur.

Michal Englert : C’est un concept qui nous a intéressé. Nous voulions filmer les choses de manière naturelle mais nous voulions aussi trouver une tonalité singulière pour d’autres. C’était une manière de créer une sorte connexion inconsciente avec le public. Il faut toujours trouver une perspective. C’est effectivement une forme de subjectivité. Nous avons filmé l’ensemble du film avec seulement une LENZ pour lui donner ce caractère naturaliste.

Body - Anna © Jacek Drygała

Est-ce que vous cadrez-vous-même ?

M.E. : Je suis toujours derrière la caméra. J’aime pouvoir diriger les choses moi-même. Ça simplifie les choses et vous permet de trouver plus facilement le bon axe.

Est-ce qu’il a été aisé de porter à bien le financement du projet ?

M.S. : On a consciemment fait un flm avec un budget de seulement 1 million d’euros. Nous sommes par ailleurs les producteurs et nous savons que nous pouvons comme ça faire « rapidement » le film. Quand vous voulez un gros budget, vous devez attendre. Collecter l’argent prend du temp, c’est une énergie tout à fait différente. Et du coup le tournage se passe également dans une autre énergie. Et comme nous pouvons le produire nous-même, cela nous offre beaucoup de libertés : à la fin nos choix relèvent de notre propre responsabilité, personne ne vous dit rien.
M.E. : C’était un film à petit budget, donc l’équipe était assez légère. On s’est juste entouré de ceux avec qui on collabore depuis des années. C’était comme une petite famille.

Comment vous êtes-vous documentée sur l’anorexie ?

M.S. : J’ai fait des recherches sur Internet et j’ai rencontré 5 filles qui m’ont chacune, séparément, parler de leur relation avec leurs parents.
M.E. : Nous avons aussi rencontré des thérapeutes.
M.S. : J’ai moi-même participer à des thérapies.

Justyna Suwała qui joue Olga était-elle anorexique ?

M.S. : Non, pas du tout. C’est son premier rôle. Elle a du perdre du poids.
M.E. : Elle est passée par plusieurs thérapies, qui ne concernent pas un problème de nourriture, ce qui l’a aidé à préparer le rôle – et ce qui nous a aidé aussi.

Body © Jacek Drygała

A-t-il été facile de convaincre des jeunes filles anorexiques de jouer dans le film ?

M.S. : Notre assistant, David, est très doué avec Facebook. Il a mis une annonce et il a reçu énormément de réponse. Elles étaient très enthousiastes. Ce n’était pas difficile. Je pense que les scènes de thérapies les ont même aidé. J’ai vraiment eu l’impression que a leur a permis de s’impliquer dans le film.

Le travail de caractérisation des personnages semble très étudié. Par exemple les lunettes du personnages d’Anna, qui permette l’inscription de quelques touches d’humour, font sens lorsqu’elle les enlève.

M.S. : A la base, notre idée était de transformer Maja (Ostaszewska). En vrai, elle est très jolie et nous voulions lui ôter son sex-appeal.
M.E. : On a aussi observer les thérapeutes et la manière dont ils jouent avec leurs lunettes. C’est aussi, évidemment, un objet significatif. Quand vous mettez vos lunettes, vous êtes supposé voir mieux. Si vous devez mettre en scène l’invisible, les petits détails peuvent vraiment devenir éclairant.

Vous abordez, à travers l’anorexie, un véritable problème de société. Mais vous mettez également en scène d’autres questions à l’instar de l’avortement qui n’est pas légal en Pologne.

M.S. : C’est surtout un contexte, une manière de montrer quels sont les problèmes que peut avoir une société. Mais je ne pense pas le faire avec balourdise. Je voulais vraiment situer l’histoire dans mon pays.

Un pays de plus en plus ouvert mais radicalement fermé à certaines questions que vous mettez en scène de film en film.

M.S. : J’aimerais que certaines choses changent mais je ne pense pas avoir le pouvoir de conduire à ce changement. Je ne fais pas des films vraiment sociaux ni engagés politiquement.
M.E. : Tu l’ignores peut-être mais tu es engagée.
M.S. : Je milite vraiment pour certains changements mais je ne pense pas qu’on puisse y arriver à travers le cinéma. Je ne pense pas que le cinéma à ce pouvoir.
M.E. : Il l’a.
M.S. : Peut-être. Mais de là à rendre l’avortement légal en Pologne… S’il y a un film qui aborde avec force ce sujet, qui sait.

Body - conférence de presse - photocall - Berlinale

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