Blancanieves

On 08/04/2013 by Nicolas Gilson

Pablo Berger revisite le conte des frères Grimm qu’il transpose dans l’Espagne des années 20. Orpheline d’une mère morte en couche, sa Blanche-Neige est fille de matador : fuyant les exactions de sa marâtre – et perdant alors la mémoire – elle est recueillie par une troupe de nains toréadors auprès de qui elle se révèle à elle-même… En signant un film d’époque à la manière du muet, le réalisateur livre un film maniéré, rendant en de nombreux points un désolant hommage au cinéma primitif.

BLANCANIEVES 19

« Nous l’appellerons Blanche-Neige comme dans le conte ».

BLANCANIEVES s’ouvre par un prélude dramatique. Alors qu’Antonio Villalta, célèbre matador, gravement blessé lors d’une corrida, est sauvé de la mort, son épouse la non moins célèbre chanteuse Carmen de Triana perd la vie au moment précis où elle la donne. Profitant de la faiblesse de l’homme meurtri, Encarta, son infirmière, l’épouse tandis qu’il rejette l’enfant pourtant né de l’amour. Carmen(ita) est ainsi élevée par sa grand-mère jusqu’au jour de son décès. La fillette est alors conduite dans al demeure de son père où l’accueille sa marâtre qui fait d’elle une souillon…

En adaptant de manière singulière le conte de Blanche-Neige, Pablo Berger fait référence à de nombreuses autres récits (dont certains sont cité de manière directe comme « Le petit chaperon rouge » ou – paradoxalement – « Blanche-Neige »). Le scénario esquisse ainsi un habile voyage au coeur du merveilleux rencontrant la culture espagnole. Toutefois, si la ligne narrative séduit, les appuis sont nombreux à l’instar du manichéisme dans la caractérisation des protagonistes ancré sans finesse ou des intertitres qui dévoilent ce que l’image, déjà, révèle.

Le film est construit selon la logique du cinéma muet. Les séquences sont à dessein monstratives afin de transcender ou sublimer les sentiments et les sensations. Loin d’être absents, les dialogues prennent place dans les intertitres (souvent inutiles) qui permettent également de contextualiser l’action. Cependant, bien que jouant sur l’esthétique désuette d’une image 4/3 en noir et blanc, et des codes d’un cinéma révolu le réalisateur signe un film résolument sonore.

BLANCANIEVES 28

Composée par Alphonso de Vilallonga la musique est dictatoriale : elle assoit ainsi toutes les intentions de jeu et les mouvements dramatiques. La musique fait corps avec l’action et guide ainsi le ressenti du spectateur, de bout en bout du film. A quelques reprises cependant, celle-ci fait place à un son réaliste qui met à mal l’hypothèse même du muet : lorsque Carmen écoute le chant de sa mère dont la lecture du disque-vinyle conduit à en entendre le grain, le frottement de l’aiguille le long des sillons et la voix qui y est immortalisée.

L’approche esthétique propose un voyage à travers la logique-même du cinéma muet – mère de nombreux codes du cinéma contemporain – de l’effet d’ouverture (ou de fermeture) en iris à celui voyeuriste et hypnotique du « trou de la serrure », des effets de surimpression à ceux d’incrustation, des intertitres au surjeu simiesque… La composition des plans est pensée avec soin et le cadrage suggère tantôt le cinéma expressionniste tantôt le burlesque. Pablo Berger filme la foule avec une vive intensité de même que les visage qu’il n’hésite pas à impressionner en gros-plan. L’image est également travaillée – dans les intertitres – pour témoigner des défauts dû au temps qui a imprimé les copies des films anciens.

Cependant si l’on pense à Dreyer et Pabts, ce n’est pas ici un compliment, au contraire, car à force de toucher à tous les styles, bien que témoignant d’une rare maîtrise, Pablo Berger n’en fait preuve d’aucun. Plus encore les défauts qui sont mis en scène contrastent avec la qualité et la netteté de l’image numérique du film…

BLANCANIEVES 31

Le réalisateur insuffle à son film une dynamique résolument contemporaine au sein de laquelle les appuis s’avèrent dévastateurs. BLANCANIEVES est extrêmement découpé et de nombreux plans sont composés avec une série d’effets techniques actuels (à l’instar des mouvements de caméra) qui ancrent un curieux contraste. Le montage qui est dans son ensemble très (trop) dynamique, laisse une place importante à des jeux d’insistance désolants à l’instar de nombreuses incrustations et surimpressions, redondantes et répétitives, qui essayent des éléments déjà intégrés ou aisément intelligibles. Ces appuis se retrouvent également dans l’intention de jeu des acteurs qui s’impose quelques fois au-delà du simiesque et de la logique monstrative liée au muet – une logique appréhendée dans sa pluralité sans cohérence générale, l’approche oscillant entre la monstration pure et quelques plans transcendant le ressenti des protagonistes par la captation de leur regard.

Plus encore, triste est de constater qu’au coeur d’un film « muet » où le visuel est censé faire sens, l’élément moteur et révélateur qui transforme le regard de la protagoniste principale est la réminiscence d’un dialogue en intertitre. Ennuyeux détail.

BLANCANIEVES 23

BLANCANIEVES
♥(♥)
Réalisation : Pablo BERGER
Espagne – 2012 – 104 min
Distribution : uDream
Drame

Blancanieves - affiche

BLANCANIEVES 14

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>