Black Movie : Zoom arrière

On 26/01/2014 by Nicolas Gilson

Malgré quatre salles de projection et la possibilité de découvrir chaque film lors de plusieurs séances, il s’avère impossible de goûter à l’ensemble du vaste programme du Black Movie composé de quelques 125 films. Il est dès lors nécessaire de composer en fonction des titres considérés comme immanquables et sur base des rares productions embrassées avant de se rendre à Genève. Il s’agit surtout de se laisser aller à la découverte et de savourer ainsi par exemples les multiples facettes du cinéma sud-coréen ou philippin.

LA vida despues

Le hasard des séances permet alors de confronter les reptiles de SAPI de Brillante Mendoza à ceux – au propre et au figuré – de REDEMPTION de Miguel Gomes, de mettre en perspective les non-dits familiaux entre LA VIDA DESPUES de David Pablos et EL RESQUICIO de Alfonso Acosta ou encore de se prendre quelques claques avec HELI de Amat Escalante et NUWEBE de Joseph Israel Laban. Peut-être plus que sur un autre festival, les films semblent dialoguer entre eux et créer des histoires inconscientes en se répondant ou se complétant étrangement ; en se donnant les uns, les autres un volume inédit. Bref, il y a quelque chose de magique comme une troublante interaction. Après tout, la sélection n’est-elle pas le reflet de la personnalité et de la passion des programmatrices aussi cette impression n’est-il pas anodine.

Moments choisis, moments de choix

Les sections sont construites selon les découvertes de l’année aussi les nombreux coups de coeurs pour des court-métrages ont conduit à la création des « nouvelles cinématographiques » qui ont été autant de réelles surprises. Anahita Ghazvinizadeh nous a conquis avec deux réalisations : WHEN THE KID WAS A KID et NEEDLE. La première prend place en Iran et met en scène un groupe d’enfants qui se griment en leurs parents et rejouent des scènes du quotidien qui prennent soudainement un autre volume. Habile mise en question des codes sociaux et sociétaux sous le regard, naïf et innocent, d’un âge dont le jugement semble absent. NEEDLE a pour décor les USA où une jeune adolescente doit faire face à une mère psychotique alors qu’elle veut se faire percer les oreilles. Un moment de passage qui marquera la féminisation, codée, de son corps encore androgyne. Troublant. EL DESTAPADOR de Carolina Adriazola nous entraine dans un squat chilien où des adeptes de fist fucking et de suspension par la peau se dévoilent sans pudeur. Un documentaire sensationnel qui a suscité moult réactions et attisé notre curiosité. Le sud-coréen Lee Sang-Woo nous emporte avec EXIT dans un univers singulier et explosif où, au fil d’une narration trouble, un jeune homme, obnubilé par le sexe de sa copine, finira par la venger  : violent et inventif le film bascule d’un genre à l’autre tout en semblant aborder des sentiments interdits. Si REDEMPTION confirme le talent de Miguel Gomes, DEUS DARA révèle un réalisateur Tiago Rosa-Rosso à suivre tant il propose un film maîtrisé esthétiquement et riche de sens. Une claque emprunte de sarcasme.

Why don't you play in hell

Il y a trois ans, le festival mettait en place un « prix de la critique ». Cette année, les films y concourrant ont fait l’objet d’une section à part entière. Dix films ont ainsi été soumis à un panel de critiques internationaux parmi lesquels Hugues Dayez et Xavier Leherpeur. L’éclectisme de la sélection, voyageant entre les genres et les formats, condense avec force celui de l’ensemble de la programmation. Un étonnant voyage entre l’Iran (TRAPPED de Parviz Shahbazi, un thriller nous confrontant au trouble d’une héroïne qui, décidée à mener à bien ses études des médecine, est manipulée par sa colocataire), Israël (le pompeux FUNERAL AT NOON d’Adam Sanderson prenant place dans un village de colons), le Royaume-Uni (LATE AT NIGHT de la documentariste Xiaolu Guo criant son aversion pour le capitalisme), les Philippines (apocalyptique SAPI de Brillante Mendoza), la Corée du Sud (SCENERY deZhang Lu) ou Taïwan (captivant SOUL de Chung Mong-Hong mettant en scène un récit troublant et foncièrement humain où un père se dévoile à son fils possédé par une autre âme). Un dialogue entre l’Afrique et l’Occident prend place au coeur des MILLE SOLEILS de Mati Diop où la réalisatrice retrouve l’acteur du film TOUKI BOUKI (par ailleurs montré au festival dans le cadre de son anniversaire) qu’elle suit dans son quotidien et qu’elle met en scène, la fiction et la réalité s’épousant alors. L’Amérique (du Sud) n’est pas en reste avec deux films mexicain, le bouleversant HELI d’Amat Escalante et LA VIDA DESPUES le subjuguant premier long-métrage de David Pablos, et une petite pépite costaricaine POR LAS PLUMAS, un autre premier film, sarcastique et burlesque, maîtrisé par Neto Villalobos.

Por_las_plumas

Zigzagant du magnifique Spoutnik au Théâtre de l’Usine en passant par les salles du Théâtre Grütli, nous sommes transportés, au fil des sections, dans une pluralités d’univers. La Corée du Sud se révèle multiple et moderne avec le bavard SLEEPLESS NIGHT de Jang Kun-Jae, nous confrontant à l’universalité des pérégrinations amoureuses, et le bouleversant FATAL de Lee Don-ku qui s’ouvre sur une séquence de viol collectif avant de se concentrer sur la rencontre, dix ans plus tard, d’un des bourreaux et de la victime (un premier film d’une force incroyable, réalisé pour quelques 3.000 dollars mettant en scène des amateurs d’un rare talent). Bien que trop formaté le documentaire GOD LOVES UGANDA de Roger Ross Willaims, qui met à nu les actions d’évangélistes américains ourdissant pour la condamnation de l’homosexualité en Ouganda, révolte plus qu’il n’interpelle. Sur une toute autre note, EKSTRA du Philippin Jeffrey Jeturian offre un pur moment de plaisir. Le réalisateur, qui signe par ailleurs la mise en scène d’une des telenovelas les plus populaire dans son pays, y dessine le magnifique portrait d’une figurante qui rêve de gloire tout en caricaturant de manière caustique le milieu qu’il connait bien. Un petit régal. En flirtant avec le fantastique, nous sommes interloqué par EL RESQUICIO du Colombien Alfonso Acosta, qui revisite le conte avec une singularité tout à la fois captivante et éreintante, et par NUWEBE du Philippin Joseph Israel Laban où une jeune fille de neuf ans conte l’histoire révélant les raisons d’une grossesse perçue comme la vengeance des trolls. Si le Black Movie convie à penser tant le monde que le cinéma, il est aussi un vrai espace de jouissance à l’état pur comme avec WHY DON’T YOU PLAY IN HELL ? de Sono Sion où le réalisateur, malgré une longue introduction, nous convie à un délire « yakusa » complètement barré parsemé de séquences aussi désopilante qu’extravagante. Un savoureux film de série-B aux multiples références.

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