Berlinale 2019 : #2 Ozon Ouvre (Enfin) Le Bal

On 08/02/2019 by Nicolas Gilson

Si un chat échaudé craint l’eau froide, tout festivalier sait que caler au démarrage n’est pas synonyme d’une programmation catastrophique. Pourtant, après un ouverture en demi-teinte avec THE KINDNESS OF STRANGERS, enchainer sur SYSTEMPRENGER (System Crasher), le premier long-métrage de Nora Fingscheidt, a de quoi refroidir. Heureusement, un touche d’exotisme mongol (ÖNDÖG) et surtout la maîtrise de François Ozon (GRACE A DIEU) sont là pour nous rassurer. Au deuxième jour, la compétition s’ouvre enfin et un titre semble déjà s’imposer comme incontournable au palmarès.

Après plusieurs court-métrages et un documentaire, la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt signe un premier long-métrage aussi excessif que l »héroïne à laquelle elle s’intéresse. SYSTEMPRENGER nous confronte au quotidien de Benni, une gamine de 9 ans qui a été confiée au services sociaux depuis plusieurs années et dont l’unique désir est de vivre auprès de sa mère. Enragée, elle est en lutte contre un système dont elle ne voit que le caractère oppressif et fait vivre un enfer à ses éducateurs, divisés face à son cas. Exacerbant la rage de la protagoniste, l’approche est extrêmement irritante. Malgré quelques notes fort artificielles, un découpage trop calibré et quelques vains effets de montage, le film se veut percutant. Mais l’impression de s’être fait hurler dessus durant 2 heures est trop assommante.

SYSTEMSPRENGER

Des cris nous passons au poids du silence avec GRACE A DIEU au fil duquel François Ozon tend à souligner l’importance de la libération de la parole des victimes d’un prêtre pédophile. En s’intéressant à l’affaire Preynat, le cinéaste compose un film à la structure singulière au fil duquel trois protagonistes se succèdent comme se passant le relai. Raconte-t-il des faits déjà mis en lumière par les médias que François Ozon nous plonge dans l’intimité de ceux qui ont mené et mènent un combat pour que justice leur soit rendue et que l’Eglise reconnaisse ses exactions – et chasse ses démons. Nous sommes d’abord fondu au ressenti d’Alexandre (Melvil Poupaud) qui, faisant face à l’émergence des souvenirs des abus qu’il a subi par le prêtre Preynat durant son enfance, décide d’écrire à l’archvèque de Lyon. Un échange qui, malgré la prescription des faits, le conduira à porter plainte. Un premier relai prend alors place, conduisant le réalisateur à faire évoluer son approche en transcendant l’énergie de François (Denis Ménochet), décidé à se battre, à sortir du silence et à faire en sorte que d’autres lui emboitent le pas. Le relai se fera à nouveau lorsque le cinéaste concentre son attention sur Emmanuel (Swann Arlaud). D’une rare fluidité, l’évolution du film permet de mettre en lumière l’universalité tant de la situation première que de la libération de la parole.

grace a dieu © Jean-Claude Moireau

Emouvant sans jamais tendre au pathos, GRACE A DIEU dépasse très largement le fait divers et permet au réalisateur de s’intéresser à l’institution familiale tout en questionnant celle, séculaire, de l’Eglise catholique. Le film est au-delà servi d’un casting exceptionnel et atteste de l’acuité de François Ozon a obtenir le meilleur de ses comédien.ne.s – notons les interprétation déroutantes de Josiane Balasko et Aurélie Petit.

Le troisième film en compétition ce jour, ÖNDÖG de Quan’an Wang, demande pour sa part une pleine attention. Tissant de fausses pistes narratives pour photographier la réalité des personnages qu’il met en scène, le réalisateur mongol signe un film empli d’humour nourri de pointes féministes – en s’intéressant notamment à une femme considérée comme folle dès lors qu’elle vit seule et semble bien décidée à ne pas s’encombrer d’un homme. L’ensemble est servi d’une photographie magnifique qui permet de sublimer des paysages dont le caractère infini est vertigineux.

Ondog © Wang Quan'an

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