Berlinale 2018 : Ondes De Choc #05

On 19/02/2018 by Nicolas Gilson

Cette cinquième journée de festival se veut surprenante tant elle semble trouver sa source dans la rubrique « faits divers ». Nous faisant voyager des années 1970 à 2011 en passant par la Suisses des années 1980, Compétition et Panorama nous fondent à l’intime et au sensible. Tandis que José Padilha revisite le récit du détournement d’un avion d’Air France en 1976 par des terroristes (7 DAYS IN ENTEBBE), Erik Pope met en scène le massacre survenu en Norvège le 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya (UTOYA 22. JULI). En marge de ces deux réalités « terroristes », appréhendées de manière radicalement opposée, la fascination vient d’une série de productions suisses initiées par Arte et judicieusement nommées « Ondes de choc » au travers de deux « téléfilms » (ayant pourtant bien leur lace dans une salle de cinéma) : PRENOM MATHIEU de Lionel Baier et JOURNAL DE MA TETE d’Ursula Meier.

7 DAYS IN ENTEBBE – José Padilha (hors-compétition)

Alors que plusieurs films ont déjà été réalisés sur le détournement du vol reliant Paris à Tel Aviv par quatre terroristes le 27 juin 1976, José Padilha s’approprie le fait divers qui marqua une pleine génération en démultipliant les points de vue. Ce faisant, il fond notre regard aussi bien à deux des terroristes (Wilfried Böse interprété par Daniel Brühl et Brigitte Kuhlmann interprétée par Rosamund Pike), à quelques passagers et membres d’équipage qu’aux autorités israéliennes dont les points de vue sur la position à adopter sont radicalement opposés – et laissent présager ce dont nous serons ensuite les témoins. Fort de la contribution du pilote de l’avion dans la consolidation de son scénario (ce ui ne fut jamais le cas dans les version cinématographique précédente), le réalisateur dépasse la reconstitution historique et le banal thriller tant il parvient à mettre en scène un drame qui tend à l’universel dès lors qu’il parvient à rendre palpable le trouble de chacun. Epinglons les parenthèses dansées qui emporte le film bien au-delà du « divertissement » premier.

UTOYA 22. JULI – Erik Pope (compétition)

Au fil d’un faux plan séquence, Erik Pope nous fait vivre l’attaque de l’île d’Utoya lors de laquelle Anders Behring Breivik ouvrit le feu sur les adolescents présents sur l’île à l’occasion d’un camp organisé par la Ligue des jeunes travaillistes du Parti travailliste norvégien. A cette fin, il nous fond au regard du personnage de Kaja ou plutôt nous conforte à ses actions et réactions – un personnage qu’il forge sur base des témoignage des survivants. La dictature du cadre est totale, le résonateur nous impose un point de vue et son propre regard au fil d’une performance « esthétique » dont il difficile (voire impossible) de se distancier. Cela aura l’avantage – ou ‘inconvénient – de nous mettre pleinement à distance, envisageant chaque rebondissement narratif comme un nouveau ressors permettant au réalisateur d’ancrer une empathie que jamais nous ne ressentirons. Expérience ou supplice, c’est selon.

ondes de choc - journal de ma tête

ONDES DE CHOC – JOURNAL DE MA TETE – Ursula Meier (Panorama)

Retrouvant Kacey Mottet Klein, Ursula Meier lui offre un rôle d’une pleine complexité dans lequel le jeune acteur est foudroyant. Inspiré d’un fait réel, JOURNAL DE MA TETE s’intéresse à un double homicide en nous fondant tout d’abord au regard du jeune meurtrier avant de nous faire partager le désarroi de sa professeure de français (formidable Fanny Ardant) qui, selon les autorités, l’aurait probablement encouragé à commettre l’irréparable.

Quelques minutes avant d’abattre froidement son père et sa mère, Benjamin Feller, un jeune homme de 18 ans apparemment sans histoire, envoie par la poste à sa professeure de français son journal intime dans lequel il confesse et explique son double meurtre. L’enseignante se retrouve interrogée par la justice, puis bientôt confrontée à ses propres doutes. Et si son goût pour une littérature hantée par les tourments de l’âme humaine l’avait rendue aveugle sur la détresse de son élève, et sur ce qui se cachait derrière la prose fiévreuse qu’il lui avait fait lire bien avant son crime?

Construit en un mouvement d vagues successive, le film nous happe littéralement au coeur d’une riche organicité. Appréhendant de façon admirable le fait divers, la réalisatrice tend à rendre les questionnements qui bouleversent ses personnages universels. Magistral.

ONDES DE CHOC – PRENOM, MATHIEU – Lionel Baier (Panorama)

Les années 80, en Suisse. Mathieu, 17 ans, est le seul rescapé d’un tueur en série. Blessé, traumatisé, il essaie de reprendre pied. Grâce à une incroyable mémoire et l’aide d’un policier intuitif, l’ado réalise le portrait-robot de l’agresseur. Mais pour Mathieu, rien n’est fini pour autant…

A l’instar d’Ursula Meier, Lionel Baier parvient à dépasser le fait divers qui devient le contexte narratif d’un film qui, d’entrée de jeu, est avant tout sensitif. Nous faisons corps avec le protagoniste, quelques fois douloureusement tant l’humanité semble manquer à un voisinage qui porte trop facilement un jugement confondant sans mesure la victime et le bourreau. Néanmoins teinté d’humour et de nostalgie, le film se révèle être un portrait délicat et sensible qui nous impressionne lorsqu’il ne nous ébranle tout simplement pas.

ondes de choc prénom mathieu

 

 

 

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