Critique : Belle

On 03/06/2015 by Nicolas Gilson

Levant le voile sur la traite d’êtres humains perpétrée par l’Angleterre lorsque l’esclavage était pour le pays une véritable économie, Amma Asante propose le portrait d’une époque où chacun n’avait pour liberté que sa position. Inspiré de l’histoire vraie de Dido Elizabeth Belle Lindsay et de son grand-oncle Lord Mansfield, BELLE nous confronte, à travers la réalité atypique d’une famille aristocrate, à un épisode-clé qui conduira à l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne.

Belle-DIDO

Dido n’est qu’une jeune enfant lorsqu’à la mort de sa mère son père l’emmène chez Lord Mansfield qui s’est porté garant de son éducation. Reconnue à la naissance malgré son métissage, Dido porte le nom de Lindsay qui lui assure un rang que ne lui confère portant pas sa couleur de peau. D’abord interdit, Lord Mansfield prend en charge l’enfant qui, selon l’étiquette, ne jouit pas des même privilèges que sa cousine. Bientôt héritière et jusqu’alors protégée par son grand-oncle, Dido découvre la médiocrité du racisme lorsqu’il doit juger une affaire traitant d’esclavage et qu’il est temps pour sa cousine de trouver un mari…

Joliment artificiel, le film tient du romanesque. La mise en scène est-elle soignée qu’elle ne présente guère d’originalité. Amma Asante signe un film efficace qui, enrobé et ponctué de nombreux appuis, est servi par un superbe casting.

La séquence d’introduction met en place les protagonistes et le théâtre dans lequel se joue la représentation. L’orchestration – narrative et esthétique – est efficace. Arrachée à la misère par son père, Dido est propulsée au sein de l’aristocratie à laquelle elle appartient de part son sang. Un choc pour les Mansfield mais la raison et la loi l’emportent. Dido est dès lors éduquée comme et avec sa cousine Elizabeth. Toutefois l’étiquette exige qu’elle ne prenne pas part à certaines activités à cause de son métissage.

Gugu Mbatha-Raw Sarah Gadon

L’une des forces du scénario, tout ronflant et gentil qu’il soit, est de mettre en perspective le statut de la femme (dont la destinée est d’être mariée ou vieille fille) et celui de la position sociale liée non seulement au rang mais aussi à l’héritage (foncier et financier). Le sujet premier du racisme reflète ainsi d’autres enjeux qui, s’ils concernent la classe dirigeante, renvoient à des normes sociales que Dido va bousculer.

Alors que la jeune femme a l’âge de courtiser, on voudrait lui faire entendre qu’avec sa belle dote être une vieille fille serait un bel avenir. Comme sa cousine, Dido rêve de convoler. Toute problématique que soit la couleur de peau de Dido, la pauvreté avérée d’Elizabeth est tout aussi handicapante – si pas plus. N’est-elle pas belle cette aristocratie qui vend ses enfants comme du bétail, détaillant leur patrimoine et se moquant de leurs sentiments ?

Cet axe narratif est entrecoupé d’un autre plus politique qui va faire prendre conscience, peu à peu, à Dido d’un combat qui la dépasse. Et, fatalement, il y aura une histoire d’amour – des plus évidente – pour agrémenter l’ensemble…

Belle - afficheBELLE

Réalisation : Amma Asante
Royaume-Uni – 2014 – 104 min
Distribution : A-Film
Comédie dramatique

B-00951.NEF

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