Critique : Belgica

On 01/03/2016 by Nicolas Gilson

Avec son nouvel opus BELGICA, Felix van Groeningen rend hommage au groupe de rock électronique Soulwax au fil d’un long clip musical entrecoupé de quelques intermèdes dialogiques. En arrière fond, une histoire sinueuse entre deux frères et une folle aventure qui, derrière l’ouverture et l’évolution d’un bar, permet une conclusion paradoxalement moralisante. Le tout servi avec beaucoup d’alcool, de la drogue, du sexe et une bonne dose de domination masculine. Plus assommant qu’envoutant.

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Gérant d’un petit café apprécié des habitués, Jo (Stef Aerts) rend service à son frère Frank (Tom Vermeir) en acceptant de l’engager comme serveur. A mesure qu’ils se rapprochent l’un de l’autre, Frank s’implique dans la gestion du café qui devient un lieu incontournable de la vie nocturne. Ensemble, ils rêvent en grand et en couleurs. Lorsqu’ils agrandissent l’établissement, ils se promettent de respecter une philosophie « bon enfant » pourtant rapidement mise à mal… Sex & Drugs & Rock & Roll

« Quand ça va pas, ça va pas. »

L’ouverture du film nous plonge dans l’intimité de Jo au petit matin alors qu’une jeune fille quitte son lit en tapinois, l’esprit encore embrouillé de la veille. L’acuité de Felix van Groeningen à mettre en scène la complicité naissante entre les deux personnages a quelque chose de chaleureux tant nous partageons un moment suspendu où tout semble pouvoir s’inscrire. Le réalisme sous-jacent impressionne nos sens tant le décor révèle la personnalité et le quotidien du jeune-homme. Bref, en une scène nous connaissons Jo. Aussi c’est avec beaucoup de réserve que nous découvrons Frank, franchement louche derrière ses airs de loubard. Mais le coeur a ses raisons que la raisons n’a pas… et quand il est question de famille, il est souvent difficile de contrer tout sentimentalisme face à une lueur de rédemption.

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Peu à peu une démonstration prend place à coup de mouvement de caméra, de cadrages vertigineux (rien qu’à repenser aux effets de plongée et de contre-plongée, l’envie de vomir se fait sentir) et d’enrobage musical (les compositions de Soulwax sont tellement présentes qu’elles débordent de l’écran). Felix van Groeningen assoit ses personnages et leur réalité afin de mettre en scène le tourbillon qui les emporte. Tout est « clipé », schématique. Mais est-ce parce que l’action prend place dans un café que la psychologie des personnages doit être absente ?

« I feel no… I feel no… I feel nothing »

Une des prouesses du réalisateur est de sortir son récit de toute réelle temporalité. Mais le temps semble-il suspendre son cours que nous sommes irrémédiablement à distance d’un spectacle dont nous voudrions partager l’ivresse. A défaut de pouvoir nous plonger dans l’exaltation qui emporte Frank et Jo (aveugle au-delà de son handicap qui le rend si aisément fragile), nous tentons de nous rattacher aux quelques personnages ancrés dans la réalité et c’est certainement là notre plus grande erreur. Car si celle-ci attend que les deux frangins lui fassent face, elle est habitée par de tristes figures à l’instar de la compagne de Frank, Isabelle (Charlotte Vandermeersch affublée d’une perruque ridicule – mais tellement baraki), une mère pondeuse qui rêve de la maison qui lui a été promise. Dans le délire que se complait à mettre en scène Felix van Groeningen, ce qui fâche bien vite – dès lors que l’on s’ennuie de voir des gens courir inéluctablement à leur perte – c’est l’image qu’il donne des (petites) gens et plus particulièrement de la femme. Est-il critique à l’égard de la société et de ses perditions qu’il fait de la femme un être fourbe et vénal. Alors, comme le dit la mère des principaux personnnages, qui apparaît soudainement dans la sinueuse et pourtant si évidente ligne narrative : « Quand ça va pas, ça va pas. »

BELGICA

Réalisation : Felix van Groeningen
Belgique / France – 2016 – 126 min
Distribution : KFD
Drame musical

Belgica_poster_original

Belgica---felix-van-groeningen

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